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« Nouveau Prophétisme » et « Nouvelle Alliance » : quoi de neuf ?

L’un des textes clés de l’ésotérisme occidental a été publié par Raymond Abellio en 1947 : Vers un nouveau Prophétisme — ouvrage aussi capital pour notre époque que Le Règne de la Quantité et les signes des temps de René Guénon (paru en 1945) — qui, avec plusieurs dizaines d’années d’avance, décrivait les enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui et donnait à notre intention des repères et des clés que l’expérience n’a fait depuis lors que valider. 

Aujourd’hui, comme l’avait annoncé Abellio, se fait jour « une nouvelle conception des rapports de l’homme et de Dieu » : « une Nouvelle Alliance qui efface du visage de Dieu les stigmates d’une colère qui ne sont que les reflets d’une peur anachronique sur le visage de l’homme ». D’emblée se signale le rôle des émotions de peur et de colère qui alimentèrent toute la dynamique de l’Occident de l’Antiquité à nos jours, dans tous les domaines de notre existence individuelle et sociale. L’ancienne Alliance des hommes et de Dieu reposait sur elles ; la Nouvelle résulte de leur transmutation. A la logique infantile et patriarcale de l’Ancien Testament — avec son Dieu extérieur et destructeur — succède une spiritualité adulte — celle incarnée dans l’Evangile, où la dignité, la liberté et la créativité divines se révèlent et se (re)connaissent à l’intérieur. (Passage, chez Abellio, de l’ « Homme extérieur » à l’ « Homme intérieur » — de la conscience individuelle à la conscience intersubjective, qui réalise et re-connaît la déité non hors de soi mais en soi et donc dans le soi de tout le monde.) L’enjeu de l’Apocalypse à l’oeuvre de nos jours est d’accéder à cet âge adulte, ce stade de maturité morale, intellectuelle et spirituelle, annoncé par le Nouveau Testament : un état chrétien au sens non seulement profane et religieux mais dans le sens sacral et gnostique que l’on appellera plutôt christique. Un état supposant l’intégration et le dépassement du stade luciférien (gouverné par la peur et la colère), celui de notre civilisation occidentale en voie de destruction et de transmutation à l’heure actuelle. Une civilisation restée sous influence patriarcale jusqu’au bout : les grandes idéologies de la modernité, avait aussi noté Abellio (Dans une Âme et un Corps, 1973), « relèvent toutes d’une religion dogmatique du Père, alors que tout le mouvement gnostique tend à une religion libertaire du Fils ». Religion du Père, c’est-à-dire la religion mosaïque et vétéro-testamentaire : dogmatique donc autoritaire, arbitraire et parasitaire. Religion du Fils : libertaire (et non libérale…), affirmant l’inaliénable liberté individuelle, l’autonomie et la souveraineté morales et rationnelles du sujet, et partant — en vertu de cette réciprocité de la liberté invoquée par Jésus-Christ dans la « règle d’or » évangélique : Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’ils te fassent — égalitaire, permettant l’avènement de la fraternité, puisque des sujets libres et égaux (également libres et librement égaux) se trouvent dans un rapport spontanément et naturellement fraternel de sympathie et de solidarité mutuelles. Raymond Abellio — anticipant et synthétisant avec une maestria inégalée la totalité du discours new age en la matière — nous a laissé, de cette colossale et cataclysmique transmutation, une lecture à la fois explicative et descriptive imparable, que le recul de sept décennies n’a rendu que plus éclairante et stimulante. En insistant quant à lui — car il sortait à peine, juste après la Seconde Guerre mondiale, de sa fièvre idéologique et révolutionnaire — sur la logique luciférienne qui anima la dynamique occidentale jusqu’à la porter au stade critique ultime dans lequel nous sommes entrés (l’Apocalypse, donc). 

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Apocalypse Here and Now

Jusqu’au bout le luciférisme occidental aura porté sa lumière dans les ténèbres ; mais Lucifer, dans son versant positif, « ne fouille jusqu’au fond de ’’l’erreur’’ que pour y trouver quelque élément positif, non pas pour la détruire, mais la transcender ». C’est la mission du ’’porteur de lumière’’ : éclairer l’erreur pour la transmuter en vérité (transmuter Lucifer en Christ : bascule alchimique du Noir au Blanc). C’est aussi, ajoutait Abellio, « la préoccupation essentielle de l’homme d’avant-garde : chercher la parcelle de vérité qu’il y a au fond de toute ’’erreur’’ ou de toute ’’exagération’’ ». Ainsi toutes les erreurs et les exagérations commises par l’Occident et la pensée moderne pour comprendre et améliorer le monde et l’humanité sont-elles à reconnaître et à transmuter. Dans tous les domaines où la fureur luciférienne occidentale est allée jeter ses feux, il s’agit de « séparer le bon grain de l’ivraie » : distinguer ce qui a réussi et ce qui a raté, — isoler la parcelle de vérité du fatras d’obscurité qui l’enserre (car au surplus, ce n’est pas pour rien si « la lumière luit au fond des ténèbres » mais que « les ténèbres ne l’ont pas saisie ») — et en tirer les conséquences. C’est un enjeu de responsabilité, de rationalité, d’intelligence et de connaissance. Il s’agit donc par là aussi de « dépasser la politique » — le domaine de la puissance et de l’émotivité (encore la peur et la colère) — et d’ « échapper au dilemme provisoire réalisme-idéalisme dans lequel elle tourne en rond » depuis longtemps déjà. Le dilemme idéalisme-réalisme est omniprésent dans l’histoire et a tourmenté la quasi totalité des penseurs et des acteurs politiques de la modernité. Sans parler des fleuves de sang qu’il aura fait couler : tous les « purs », les martyrs de la justice et de la vérité, des Albigeois à Saint-Just et Robespierre (entre tant d’autres, avant et après), ont sacrifié leur vie à l’idéal en refusant la compromission avec le réel. A l’inverse, leurs assassins ont pris sur eux en sacrifiant l’idéal aux viles contingences du moment, à l’appétit animal de puissance et de domination. La dialectique de la victime (utopique-idéaliste) et du bourreau (cynique-réaliste) irrigue la totalité de l’Histoire mondiale, par héros et salauds interposés, qui, au bout du compte, contribuèrent chacun à leur manière au même but : élever la conscience par-delà cette dualité stérile et mortifère pour en réaliser l’unité transcendantale. Et nous permettre enfin d’entrer dans une modalité supérieure d’existence. 

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Ni réaliste, ni idéaliste : les deux à la fois, c’est-à-dire autre chose

Voilà comment, dans les termes proposés par Abellio, se présente l’alternative à transcender. D’abord, être réaliste, « ce n’est pas nier les rapports de la morale et de la politique » — comme l’ont fait les réalistes et les cyniques en sacrifiant la liberté à l’utilité ou la vérité à l’efficacité — « mais mesurer l’exacte portée de l’inéluctable catastrophe mondiale », cataclysme qui, par son ampleur et son intensité eschatologiques, englobe et outrepasse nécessairement toute considération d’ordre moral et politique… C’est donc arrêter de vouloir sauver ce monde et de jouer au héros : d’une manière ou d’une autre ce monde ira à sa fin — et l’enjeu est d’y survivre en assumant et transmutant son héritage. Ce qui implique d’avoir éprouvé et vérifié par soi-même et en soi-même ce qu’il y a de juste et de vrai dans l’expérience luciférienne de l’Occident. (Et en évitant aussi de sombrer dans le nihilisme d’un Nietzsche déclarant qu’ « il ne faut pas relever ce qui tombe mais hâter sa chute », ce qui reviendrait à rouler pour Satan.) 

Ensuite « sauver l’idéalisme, ce n’est pas persister à affirmer l’existence d’un droit naturel, égalitaire, intemporel, utopique 1, c’est considérer cette catastrophe pour ce qu’elle est aussi du point de vue de Dieu », c’est-à-dire « un redressement permettant à une nouvelle souche humaine d’intégrer l’acquis ancien et de repartir, allégée, vers un destin plus haut ». Plus haut grâce à l’héritage, en effet, du Droit naturel, doctrine philosophique et juridique à la fois chrétienne et républicaine qui a donné la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et qui n’a pas encore existé pour de bon jusqu’alors. Ce qui implique d’assumer l’héritage total de la sagesse humaine, partout et de quelque manière qu’elle se soit manifestée. (En application de l’imparable maxime de Kundera disant que « rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».) A partir de là, concluait Abellio, « le militantisme ne peut donc plus consister que dans le rassemblement de cette minorité prédestinée d’où sortira l’humanité postdiluvienne » dans laquelle cette dualité idéalisme-réalisme aura disparu et toutes les leçons tirées de l’expérience des vingt ou trente siècles précédents seront intégrées. Un « militantisme » et un « rassemblement » quant à eux diffus, informels et spontanés, sans tambour ni trompette, enracinés dans le local et reliés au global, les pieds bien campés dans la glaise et la tête haute levée au ciel 2. Quelque chose de fractal et d’holographique.

Laisser aux Magiciens leurs tours de passe-passe

En attendant, soulignait Abellio, « Le vrai débat de la période pré-diluvienne, débat souterrain mais crucial, se noue entre la spiritualité et ses contrefaçons, entre Prophètes et Magiciens » — les Magiciens étant lucifériens et les Prophètes étant christiques. « Ce sont d’ailleurs les Magiciens qui feront sauter une partie de l’humanité en se faisant sauter eux-mêmes. » (A cet égard, seule l’intervention de forces extraterrestres et non humaines a pu permettre jusqu’alors d’éviter cette sombre prédiction en empêchant les Magiciens de répandre le feu nucléaire sur la Terre, comme l’ont établi quelques ufologues sérieux dont, en France, Gildas Bourdais.) On reconnaît là les hommes de puissance sans foi ni loi (le prince de Machiavel : la fin justifie les moyens), prêts à toutes les perversions — à commencer par le recours massif et systématique à la magie noire, à la violence et à la torture physiques et psychologiques 3 — pour maintenir leur pouvoir : ce sont des occultistes, savants fous ayant vendu leur âme au diable, experts dans la manipulation des forces subtiles (psychiques) et soumis au Démon, le Démiurge : ils sont les Illuminati, à la tête de la machine capitaliste et totalitaire mondiale, le courant talmudo-sioniste (les Rockefeller, Rothschild, Soros et compagnie), et leurs épigones (Bill Gates et Mark Zuckerberg succédant au Dr Folamour) se distinguent aujourd’hui dans le domaine ô combien satanique du « posthumanisme » ou du « transhumanisme », ultime étape de l’aliénation esclavagiste moderne, de la corruption et de la dépravation de l’humanité, au sens le plus technique et le plus rigoureux de ces termes. 

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Les Prophètes, quant à eux, ont transcendé Lucifer en Christ : ils ne visent pas la puissance (occultisme) mais la connaissance (ésotérisme) et veulent servir au lieu de se servir (passage du libre-arbitre à la liberté). Gandhi en fut un bon exemple, Martin Luther King également (assassiné par la CIA, d’ailleurs). Il appert aussi que le syndrome de l’ « Élu », soit le personnage de Neo dans Matrix, est l’un des pièges tendus par… la Matrice — soit la nasse énergétique tissée par les Magiciens au service du Démon 4 — pour maintenir les « apprentis Prophètes » en situation luciférienne (au stade « faux prophète » en Alchimie à l’Œuvre au Blanc : Lucifer devenu Christ, s’imaginant qu’il est arrivé et oubliant qu’il a encore sa Passion et sa Crucifixion à connaître). Neo, le faux prophète, croyant rouler pour Dieu et servant encore le Démon : le syndrome du sauveur et du justicier qui prétend sauver les autres au lieu de s’occuper de ses oignons. Il n’y a pas d’élu. On n’est pas élu (par qui ? pour quoi ?), on s’élit soi-même. De même, comme Étienne Chouard l’explique bien, qu’on n’attend pas d’être promu citoyen : on s’érige soi-même, on s’institue citoyen par et pour soi-même. C’est exactement la même chose. Les droits humains ne se réclament ni ne se quémandent, ils se prennent, s’assument et s’appliquent. C’est là l’Evangile : le message du Christ. Assumer les droits humains et acquérir notre divinité : c’est tout un. De ce point de vue la République accomplit l’Evangile. (Rappelons que le droit naturel, dont a découlé la Déclaration des droits de 1789, a été fondé au 12e siècle par un clerc italien en partant de la « Règle d’or » christique de ne pas faire aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’ils nous fassent. Il y a là un sens exotérique, idéologique et politique à transmuter en un sens ésotérique et gnostique.)

Cela pour permettre, écrivait aussi Abellio, de répondre à « une difficile question de méthode : comment reconnaître les vrais porteurs des forces de l’Esprit », dans la mesure où « toute époque de transition est fertile en faux prophètes » (comme le montre la scène new age) et que « d’autre part, contre toute apparence, beaucoup de Prophètes s’ignorent ». C’en est même une caractéristique : non seulement ils s’ignorent, mais quand ils s’en rendent compte, ils ont tendance à ne l’accueillir qu’avec réserve et recul, sinon réticence. (Voir les personnages d’Aragorn, de Frodon et de Sam dans Le Seigneur des Anneaux, qui illustrent cette problématique à différents égards.) Par ailleurs, « un prophétisme fruste qui se contenterait, chez nous, de la dénonciation véhémente du monde actuel, irait à contre-courant du vrai Prophétisme » (tant il est vrai que ce à quoi tu résistes, persiste) car cela ne ferait que « donner son complément nihiliste habituel au tellurisme des masses » sans dépasser ce dernier. Schelling avait bien compris et affirmé qu’il n’est vraiment plus temps « de réveiller de vieilles oppositions : il faut chercher ce qui dépasse et domine toute opposition, ce qui est en dehors de toute opposition ». Toute opposition et toute critique négative sont à dépasser. L’indignation aussi, qui n’est qu’une forme bénigne de la jalousie (Aristote) — tant il est vrai, ajoutait Abellio, que « l’indignation soulage les nerfs sans nourrir l’esprit ». 

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La question de distinguer les vrais des faux prophètes est l’enjeu décisif de la bascule alchimique du Blanc au Rouge : et le simple fait de se la poser montre au moins que la transition du ’’faux’’ au ’’vrai’’, si elle n’est pas encore accomplie ni effective, est en voie de l’être. A l’inverse, un luciférien borné au Blanc se reconnaît à son absence de questionnement et de remise en cause : il a raison, point, barre, et n’arrive pas à reconnaître ni a fortiori à sortir de son erreur. (C’est là qu’il sombre dans la mauvaise foi et la violence, seuls moyens de sauver la face et de reculer l’échéance.) Il refuse de gravir son Golgotha et se condamne à brûler avec Satan, au feu de son arrogance et de son intelligence glaciales et privées d’amour. (Zarathoustra : on reconnaît les ’’mauvais’’ à ceci qu ’« ils ne reviennent pas de l’erreur ». La scolastique médiévale s’en rappelait en disant Errare humanum est, perseverare diabolicum : si l’erreur est humaine, persévérer dans l’erreur est diabolique.) Le Christ montant au supplice admet son erreur — l’orgueil de Lucifer — et par là même s’en libère. « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est le fait, c’est uniquement le fait de formuler cette question (que ce soit en hurlant, en murmurant ou en sanglotant) qui conditionne l’entrée à l’Œuvre au Rouge. Suite à quoi, à l’usage, il s’avère indispensable de conserver cette vigilance — de se référer au Soi plutôt qu’au moi —, de s’observer soi-même (comme le martèlent toutes les traditions) avec le regard scrutateur et intransigeant (violent et violant) de Lucifer et le regard éperdu d’amour et de charité du Christ. Cette conjonction signe l’accession au Rouge.

Cette « difficile question de méthode » ne peut et ne doit donc se résoudre qu’à titre individuel et intérieur, en son âme et conscience. Et à ses risques et périls. (On ne triche pas avec l’Esprit, et des états cliniques comme la schizophrénie, les ulcères, les tumeurs, etc., s’expliquent au fond par les mensonges, conscients ou non, et les contradictions que l’on vit entre ses pensées, ses paroles et ses actes. A tout point de vue, rectitude, cohérence et intégrité sont la voie royale — la « Règle de justice et de vérité « des gnostiques et des cathares.)

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Déluge de feu solaire et « surabondance de la Grâce » 

Enfin, soulignait Abellio, « chaque cataclysme diluvien est accompagné d’une surabondance de la grâce, en parfaite corrélation avec lui. » Ce point est crucial : notre Déluge, aujourd’hui, n’est pas d’eau mais de feu. C’est le feu du ciel, c’est-à-dire le feu du Soleil : il s’agit, au plan le plus direct et le plus physique, de l’activité solaire. Les « vents solaires » — décharges de plasma, éjections de masse coronale (voir ici), qui évoquent aussi les « nuées » et les « visitations » de l’Écriture — constituent ce feu céleste en train de purifier le monde et de purger l’humanité de ses scories psychiques et de ses charges karmiques. C’est là la « Grâce » apocalyptique.

Ce phénomène — l’intensification de l’activité solaire (le feu du ciel) — a commencé à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Il est lié à, il entraîne, il constitue même cette Apocalypse, cette « révélation » : c’est cela même qui brûle le mensonge, qui libère et accomplit la vérité. Les masques tombent : passage de la personne (persona : « masque ») à l’individu (qui signifie « indivisible »).

Cela, Abellio ne le savait pas. « Actuellement, écrivait-il en 1945-46, nous sommes encore dans la descente » : « Le Fils de l’Homme n’a pas fini sa descente aux Enfers. » Sept décennies plus tard, il y a de quoi se dire que le point ultime a été atteint. « Les hommes sentent confusément la menace, mais ils sont aveugles et sourds, ou plutôt ils sont aveuglés et assourdis. Une force irrépressible leur fait aimer ce nihilisme qui les entraîne, ils y prennent une sorte de plaisir masochiste, qu’il est bien inutile de couvrir d’anathèmes, car tout cela aussi, Dieu le veut. […] Pour eux, l’époque se colore des couleurs toujours fastueuses de la décadence ; l’accélération même des événements qui annonce la crise, et en quelque sorte la contraction, le remplissage maximum de la durée vécue qui sont les conséquences de l’affolement de ce Maelström, leur donnent le sentiment réel qu’ils vivent davantage qu’à aucune autre époque : et véritablement, pour leur Homme extérieur, c’est exact. […] Mais l’époque de la plus profonde nuit et de la plus grande menace est aussi celle de la Construction de l’Arche. » Bienvenue au bout de la nuit : là où poind l’aurore. Quand la lumière, de froide, devient chaude, et d’extérieure devient intérieure. Et d’individuelle, universelle. 

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1 L’égalité fut la revendication essentielle de la poussée républicaine et révolutionnaire de la modernité. « Il y a un fond commun aux utopies de toutes les époques, et spécialement du 18e siècle : il consiste en l’aspiration à l’égalité » (Jacques Julliard, Les Gauches françaises, 1762-2012. Histoire et politique, Flammarion 2013, p. 76).

2 Loin du puéril battage des Indignés ou d’Occupy Wall Street, par exemple, et beaucoup plus proche des communautés écologiques et autonomes à la façon de Lanza del Vasto dans le Larzac ou de Jean-Claude Besson-Girard dans les Cévennes.

3 Selon La Stratégie du choc bien décrite par Naomi Klein (1996) et reprise par Jérôme Ménez dans La Valse des irresponsables (2016) : l’effet de choc dû à la violence et à la souffrance délibérément infligées aux individus et aux peuples a toujours été l’outil principal de domination utilisé par le pouvoir satanique agissant dans les coulisses de la civilisation patriarcale de notre cycle. La violence (qui est le recours des faibles) est l’une des signatures du démon.

4 Le Web : la « toile », le Net : le « filet »… sont, comme toutes les armes, à double tranchant : diviser ou assembler, séparer ou réunir, abaisser ou élever. — C’est la neutralité intrinsèque de la technique, nonobstant l’intention perverse, néfaste et malveillante que les Magiciens noirs, les « agents Smith » de la Matrice, y ont placée, car cette intention négative peut et doit se transcender par et pour l’intention positive, élévatrice, émancipatrice que nous mettons, quant à nous, dans notre usage de cet outil. Bonne vieille dialectique de la technique et du technicien : un scalpel, selon qu’il est en de bonnes ou de mauvaises mains, peut sauver une vie ou la détruire. « Ce n’est pas le vin qui enivre l’homme, dit un proverbe chinois, c’est lui qui se saoûle. » Ce n’est pas le flingue qui tue : c’est celui qui appuie sur la gâchette. C’est la maxime de Maître Eckhart, martelée par Abellio : « Ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient, c’est nous qui sanctifions nos actes. » Fais ton choix : choisis ton camp, camarade. (« Le Grand événement du Choix » chez Zoroastre.)

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Sur les traces de la Déesse — Mais que fait donc Marie-Madeleine à Rennes-le-Château ?

Aperçus mythiques et symboliques sur celle qui « achèvera la ruine du monde après celle de Rome »

Marie-Madeleine est essentielle au mystère de Rennes-le-Château. Ce n’est pas pour rien que l’église du village lui est dédiée. Il s’entend dire avec insistance que son tombeau et ses reliques sont en Razès. Pierre Plantard, de son côté, n’a pas non plus insisté sans raison sur Isis (dès l’époque de Gisors et dans LesTempliers sont parmi nous). Ensuite L’Enigme sacrée (1982) puis le Da Vinci Code (2003) mirent Madeleine encore plus en valeur. Au point d’en faire à elle seule la figure emblématique du mystère de Rennes, celle qui le synthétise et l’exprime le mieux. Alors de qui s’agit-il ? Allons donc aux sources : l’archétype incarné par Madeleine, c’est Lilith — c’est-à-dire (contrairement à l’imagerie en vogue) non pas Isis, mais sa sœur et rivale Nephtys.
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Notre-Dame, à Rennes-le-Château. Marie de la Tour, Meri Miktal : Nephtys. Alors que la Vierge Marie, l’Immaculée Conception, emprunte ses attributs à Isis.

Lilith : « C’est elle qui, la première, transgresse les ordres de Yahvé » (Joëlle de Gravelaine, Le Retour de Lilith. La Lune noire). Première femme d’Adam, elle lui fait front en refusant de se laisser dominer. En particulier quand ils font l’amour : elle refuse de rester en dessous. Réovlte ô combien luciférienne, avec pour enjeu, l’égalité des sexes. « Puisque nous sommes nés de la même terre [adamah], pétris du même limon, nous sommes égaux », lui dit-elle. « Et cette revendication, pourtant élémentaire, va entraîner tous les conflits dont notre humaine condition continue de subir les effets. » De fait, Adam gémit auprès de Yavhé, qui expulse Lilith avant de lui donner une femme soumise et docile, Eve. Et nous voilà partis pour quelques millénaires de cette misogynie et cette névrose sexuelle typiques du patriarcat. Depuis, « le souvenir de Lilith, transformée en démon et en plaie par le Zohar, en sorcière par l’Eglise, en vamp’ et en femelle maudite, en menace pour le monde (’’c’est elle qui achèvera la ruine du monde après celle de Rome’’, ainsi qu’il est écrit), fait trembler l’ordre patriarcal ». « Et qu’on s’acharne depuis toujours à la brûler vive, à la faire taire, à la charger de tous les péchés d’Israël et de toutes les peurs des hommes devant le vagin — denté ou abyssal — de la femme, Lilith n’en fait pas moins entendre son chant de sirène et entonne, inlassablement, cet hymne à la liberté qui empêche les hommes de dormir, Déesse merci ! »

retour de Lilith

Le nom Lilith ou Lilitu (et ses variantes Layil, Leila ou Lavlah) est d’origine sumérienne et désigne la nuit (soit la force et l’énergie nocturnes, et par extension la femme mystérieuse, tentatrice, effrayante et dangereuse, soit la caricature habituelle). Cependant « Lilith » dérive de lil qui désigne le vent, tandis que la racine lul désigne les lèvres (ce dont témoigne encore le français « lippe » et l’anglais « lips »). Cela fait beaucoup en un seul nom ! Le vent symbolise le souffle, c’est-à-dire l’Esprit (Pneuma) : esprit, de spiritus, comme dans spire et respirer. Les lèvres aussi renvoient au souffle et à l’esprit, puisqu’elles assurent l’articulation de la parole, l’expression du Verbe, lui-même attribut divin s’il en est (mais humain également, le langage articulé étant parmi ce qui nous distingue le mieux des animaux). Elles renvoient aussi à la sexualité — féminine en particulier — puisque la vulve est dotée de (petites et grandes) lèvres. (Le sexe féminin aurait-il une parole à exprimer ? Bien sûr que oui.) Ainsi Lilith associe dans son nom la nuit, le vent et les lèvres : le caractère initiatique de la sexualité est clairement suggéré. Tout y est : le caractère nocturne et tellurique de la « descente aux enfers », prélude à la réception de l’Esprit et à la Résurrection (« seconde naissance »), pour et par — but et chemin à la fois — l’amour de la déesse.

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Car Lilith, c’est aussi la déesse suméro-babylonienne appelée Inanna et Ishtar, déesse tutélaire de la sexualité, de la guerre et de la guérison. Un mythe sumérien, Inanna et lArbre Huluppu, « attribue justement à Inanna-Ishtar le ’’lit sacré’’ comme instrument royal », instrument qui lui servait — et c’est là encore une symbolique universelle — à sacrer les prêtres et les rois qui veillent et règnent sur les peuples. Le lit de la déesse est le sanctuaire où s’accomplit l’initiation royale — l’initiation chevaleresque, dite aux « petits mystères » — laquelle inclut l’onction, rite omniprésent de l’Egypte à l’Evangile. C’est que le mot « messie » dérive de l’araméen mashih qui désignait le rite égyptien de l’onction du Pharaon. Ce rite recourait à de la graisse crocodile, et il s’agit là (Lawrence Gardner l’avait rappelé) d’un aphrodisiaque. Le rapport entre la sexualité et l’initiation — le caractère initiatique de la sexualité — est donc là bien établi.

Cet écrin, le lit où se célèbrent des noces non seulement physiques mais alchimiques (la hiérogamie : l’union sexuelle sacrée), a servi de modèle aux alcôves et nids d’amour dans lesquels officiaient « les prostituées sacrées dans les temples de Mésopotamie dont Inanna-Ishtar était justement la protectrice » (Anton Parks, Le Testament de la Vierge).

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En Egypte, Lilith-Inanna-Ishtar s’appelle Nephtys. Elle est la sœur d’Isis, et toutes deux sont rivales avant de se réconcilier. Nephtys commence par quitter Seth (Enlil-Satan, frère ennemi d’Enki-Osiris) avant de rejoindre Isis et Osiris. Elle passe ensuite par un rituel de purification et de rédemption (dans lequel elle franchit sept stades auxquels se réfèrent les « sept démons » que Jésus-Christ a chassés de Madeleine), se donnant le droit d’assister Isis dans le processus de la résurrection d’Osiris (assassiné et dépecé en quatorze morceaux par Seth) en Horus. Puis les deux sœurs continuèrent à se disputer les faveurs d’Horus comme elles s’étaient disputé celles d’Osiris.

La suite se passe dans l’Evangile. Là, Isis et Nephtys se retrouvent chez les deux femmes principales qui entouraient Jésus-Christ, Madeleine (dite Marie de Béthanie) et Marthe de Béthanie, qui étaient également deux sœurs (plus ou moins) rivales. Laquelle est Isis, laquelle est Nephtys ? La première incarne la disciple fidèle et dévouée (Marthe) tandis que la seconde incarne la rebelle, révoltée d’abord et rédemptée ensuite (Madeleine). Elles partagent cependant les mêmes attributs.

Par exemple, Nephtys est représentée coiffée d’une tour, symbole du temple. (Le temple, la tour et le pont symbolisent le contact avec le Ciel et la divinité.) Son nom lui-même, Neb-Het ou Neb-Hout (grécisé en Nephtys), signifie « dame » ou « maîtresse du château » (ou de la tour). Il est connu en outre que « Madeleine » ou Magdala (miktalen égyptien etmigdalen hébreu) veut dire « tour ». Il est moins connu, en revanche, que migdal signifie aussi « siège » et « lit élevé » (ou « surélevé », comme placé en haut d’une tour…). Revoici le « lit sacré », la couche royale d’Inanna-Ishtar, dont le modèle était celui de la déesse en personne, dans le nid au sommet de son arbre Hulupa ou Huluppu, sur les rives de l’Euphrate. Il est donc logique et légitime, comme le fait Anton Parks, de « penser que dans un lointain passé, la déesse Nephtys a très bien pu porter l’épithète Meri-Miktal, ’’Marie de la Tour’’ (Marie Madeleine) ». « Il ne fait donc aucun doute, ajoute Parks, que les femmes qu’étaient Nephtys, Inanna-Ishtar et Marie-Madeleine ne formaient primitivement qu’un seul individu » : à la fois déesse et femme, « personnage emblématique » et même archétypique, archétypal et primordial, vivante expression du Yin cosmique, la divinité féminine et la féminité divine.

Et Marthe ? Son existence est au moins aussi énigmatique que celle de Madeleine. Car si Madeleine a été considérée comme une prostituée repentie par l’église romaine avant d’être reconnue comme « disciple » en 1969 (« année érotique », donc…), Marthe de Béthanie — qui n’est mentionnée que dans deux évangiles (Luc et Jean) — baigne encore dans une confusion hautement significative.

Marthe-et-Marie
Soyons nets : ménage à trois ?

En araméen, marta est la « dame » et la « maîtresse ». Marthe — qui est du reste la patronne des hôteliers, des cuisiniers et des servantes — a donc la même attribution que Nephtys : dame de la tour et du château, maîtresse de maison, prêtresse du temple. D’après Maria Valtorta, Marthe « possède le génie pratique et intelligent de l’organisation. Elle est faite pour la maison, et pour être le réconfort physique et spirituel de ceux qui l’habitent ». Cependant, Marthe n’en a pas moins le rôle d’Isis quand elle est présentée comme la sœur pieuse et dévouée d’une Marie de Béthanie (Marie-Madeleine) qui, quant à elle, mène une vie de débauche et de perdition avant d’être convertie et rachetée par Jésus-Christ. Marie et Marthe seront ensuite les deux premiers témoins de la Résurrection, accompagnées pour l’occasion de la « vierge » Sara, qui est leur servante (ainsi que la présentent les Gitans qui l’honorent aux Saintes-Maries-de-la-Mer). Ici s’arrête le parallèle entre l’histoire égyptienne et l’histoire évangélique, car la suite nous est encore inconnue — la fuite et l’installation en Gaule de Jésus-Christ, Marie, Marthe et les autres, formant justement l’un des principaux aspects du mystère de Rennes-le-Château.

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En 1878, Félicien Rops peignit une Tentation de saint Antoine des plus suggestives, avec, sur le crucifix à la place de J.-C., une femme rousse, nue et fort disposée à l’amour, devant un Antoine terrifié. (Cependant que le cochon d’Antoine suit la scène avec intérêt.) Qui est cette belle rousse, et que fait-elle sur la croix ? C’est Lilith, et tout ce qu’elle veut dire. (En gros, l’égalité des sexes et la dignité humaine, crucifiées par les romano-pharisiens.) Car c’est elle, en réalité — ne serait-ce que sur un plan historique et sociologique sérieux —, qui a été sacrifiée au pouvoir patriarcal : elle, les femmes et la féminité en général, opprimées et martyrisées par les Eglises et les pouvoirs religieux et politiques de toute l’histoire d’Occident depuis l’Empire romain. Quant à Antoine l’Ermite, c’est lui — connu pour avoir résister aux tentations de la chair — que les Romano-pharisiens ont substitué à Madeleine dans tous les lieux de culte jadis dédiés à la fertilité et à la sexualité, comme le somptueux ermitage de Galamus. (Et derrière le cochon d’Antoine se dissimule d’ailleurs le sanglier gaulois.)

Où est le rapport avec Rennes-le-Château ? Ici : Lilith passe pour être la mère d’Asmodée, qui est lui-même le gardien du trésor de Salomon. (Il s’agit donc bien du trésor de Rennes-le-Château.) Or Lilith peut aussi être identifiée chez Balkis, la reine de Saba, qui fut abusée par le roi Salomon. (Rappel : Balkis ayant refusé de devenir son épouse car il avait déjà de nombreuses concubines, Salomon lui demande de lui accorder n’importe quelle faveur si jamais elle prend quoi que ce soit dans son domaine, et Balkis accepte. Salomon la réduit ensuite à la soif lors d’un repas spécialement asséchant et servi sans eau. Balkis sort de table, parcourt les jardins et prend de l’eau à la rivière, sous la surveillance de Salomon qui la surprend et lui extorque enfin ses faveurs. On appréciera le courage et l’élégance du procédé, bien dans la mentalité romano-pharisienne.)

Moralité ? On peut en déduire ceci : Asmodée assure la garde d’un trésor qui n’est autre que l’amour de sa mère, Balkis-Lilith. Un trésor galvaudé par Salomon (tout comme Adam a galvaudé l’amour de Lilith), qui a voulu se l’approprier par traîtrise au lieu de s’en rendre digne et d’en mériter la découverte. (Autrement dit, Salomon reproduit avec Balkis la couardise et la lâcheté d’Adam avec Lilith.) Et cette histoire-là aussi est archétypale : elle est inscrite au plus profond de notre mémoire et de notre psyché (à travers le rôle et l’attitude d’Adam et Salomon chez les hommes et de Lilith et Balkis chez les femmes). C’est cette histoire-là aussi que l’on retrouve — mais résolue et transmutée — dans l’ésotérique de l’amour courtois, la finamor des cathares et des troubadours : la Dame, c’est-à-dire la déesse, présidant à l’initiation chevaleresque et à l’onction royale, après avoir soumis le héros à une série d’épreuves rédemptrices, destinées en somme à racheter la stupidité d’Adam et à gagner la confiance de Lilith. (La même chose se trouve d’ailleurs dans le Tantra hindou.) Le Graal des chevaliers du roi Arthur, des cathares et des templiers, c’est donc l’amour de Lilith, source de toute justice et toute vérité. La nuit, le vent, les lèvres ? L’amour sous toutes ses formes et dans tous ses états : la nuit, qui symbolise la Révélation et la mort à soi-même (œuvre au noir) ; le vent, qui symbolise l’Esprit et la Rédemption (œuvre au blanc) ; et les lèvres, qui symbolisent la parole et la Résurrection (œuvre au rouge).

Asmodée

En avril 2017 (au premier tour de l’élection présidentielle…), la statue d’Asmodée, dans l’église de Rennes, a été décapitée par une islamiste qui déclarait vouloir en finir avec la guerre… Paradoxe trop grossier pour ne pas signifier autre chose. Manière, pour Lilith, de dire que son trésor n’avait plus à être gardé, et que la voie en était ouverte, ce qui permettrait enfin d’en finir avec la guerre, toutes les guerres ? Le déferlement de colère que son geste a suscité montre au moins que, si tel est le cas, cette voie n’en reste pas moins garnie d’épines. Comme une rose. La vérité est à ce prix. Si d’ailleurs « la vérité vous libérera », alors elle n’a pas de prix.

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Une vérité rebattue et galvaudée par le milieu new age et cependant aussi authentique qu’il est possible : le « retour du féminin » (titre d’un ouvrage bien évocateur du genre de Christine Page), soit le retour de l’Esprit, soit donc le retour de la déesse. L’archétype de la déesse déferle sur le monde pour en finir avec le patriarcat. Car Lilith se retrouve aussi bien chez Jeanne d’Arc, chez la Marianne républicaine et dans la « Liberté guidant le peuple » ou « éclairant le monde », que chez Louise Michel, Janis Joplin ou Amy Winehouse. Et elle en a, des choses à dire. D’une importance capitale. Et « ce que Lilith vient nous rappeler », soulignait Colette de Belloy (Lilith ou l’un possible, 1992), c’est que « la peur et la culpabilité doivent maintenant se transformer en une certaine qualité de joie de vivre ». On ne saurait mieux résumer l’enjeu de notre époque ! Raymond Abellio, dans son Nouveau Prophétisme (1947), décrivait pareillement l’actuelle transition par la disparition de « la peur au cœur des hommes » (et de « la colère au visage de Dieu ») et l’entrée dans un âge de confiance et de maturité inédites, conditions d’une liberté, d’une joie et d’une créativité inédites aussi (soit l’ère du Verseau). Et Lilith montre encore la voie : celle d’une animalité et d’une sexualité enfin reconnus et assumées, accomplies et intégrées, après des siècles d’oppression et de névrose patriarcales. (La dimension sexuelle très affirmée de Lilith, Nephtys et Marie-Madeleine n’aura échappé à personne.) Et « la sexualité telle que l’incarne Lilith », conclut Colette de Belloy, cela consiste à « inclure dans sa vie une dimension positive de tout son aspect animal », « sans l’affreuse culpabilité des temps anciens », et restituer enfin son caractère sacral et transcendantal à un domaine que la culture patriarcale a profané en le retirant à l’érotique pour le limiter à la procréation. « C’est par Lilith qu’on reviendra à Dieu ». Vive l’amour ! 

Marianne de Nany la Brune
Un aspect du retour de Lilith !

C’est que « Lilith, en effet, dévoile l’indicible », comme l’a bien vu Joëlle de Gravelaine : elle est l’initiatrice par excellence. Or « si l’indicible est dit à Adam, c’est comme s’il mangeait du fruit défendu » : il risque la folie ou la déperdition (la « chute dans le bourbier »). « Il faut qu’il soit prêt à entendre cette voix formidable, à goûter un savoir qui le dépasse. D’instinct, Lilith sait qu’elle ne peut impunément lui offrir cette liberté. Alors, elle se tait. » Attendant que ce con d’Adam se dresse et se prenne en mains… Jusqu’alors Lilith s’est tue. Aujourd’hui elle prend la parole : c’est qu’en face Adam est prêt à l’entendre et à l’écouter, la comprendre et l’assumer, la reconnaître et renaître en elle. C’est le fruit de l’Arbre de la connaissance : la réintégration Yin-Yang. 

Quel rapport avec les secrets de Saunière et Boudet ? Et pour finir, pourquoi Madeleine est-elle donc aussi présente à Rennes-le-Château ? Parce qu’elle préside à l’amour, qui est un critère essentiel de l’intelligence et de toute connaissance. Et l’ultime objet du mystère de Rennes, c’est la connaissance. Gérad de Sède avait conclu l’avant-dernier chapitre du Trésor maudit de Rennes-le-Château en disant que « l’outil du chercheur n’est ni le pic ni la pioche : c’est la tête ». Eh bien non : ce n’est pas la tête, c’est le cœur.

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Du Dieu « jaloux » à la Rédemption de Satan

L’un des critères du passage de l’Albedo au Rubedo réside dans la compréhension, le pardon et l’expiation de Satan. Manière d’assumer que, quoi qu’il arrive, la domination de Satan sur ce monde n’a pas à être contestée. « C’est la révolte de Satan qui a décidé de la création d’Adam », disait Saint-Germain. C’est pourquoi tous les hommes portent en eux la révolte et la chute de Satan : et c’est pourquoi vouloir condamner ou punir Satan revient à se châtier soi-même. Certes, au point de vue moral, « qui aime bien châtie bien » — cependant, à titre gnostique, le mal n’a pas à être condamné mais accepté, pardonné et transmuté. La rédemption de Satan est la clé de la fin du cycle. Car si « les voies de Dieu sont impénétrables », celles du Diable ne le sont pas, et c’est en les pénétrant que celles de Dieu peuvent advenir, par lesquelles déferle — impétueuse, impérieuse et impériale — Sophia, la Grâce.

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Le mot « jaloux » dérive du latin zelosus qui veut dire « plein de zèle ». Cela permet d’éclairer le caractère autoritaire et violent du dieu qui s’est proclamé « jaloux » à la face de l’humanité, Ialdabaoth-Enlil-Seth-Yahvé. De fait la tendance au zèle n’est autre que la volonté de faire mieux que bien, d’aller plus vite que la musique. Or il est bien connu que le mieux est l’ennemi du bien : et l’ennemi, c’est l’Adversaire, Satan, l’ « obstacle que Dieu se fait à Lui-même ». Le mieux est donc l’obstacle que le bien se fait à lui-même : ainsi, au fond, mieux et mal s’identifent rigoureusement.

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La définition que le « Wiktionnaire » donne du zèle est intéressante elle aussi : « Vive ardeur pour appliquer les consignes et les règlements à la lettre » et « plus généralement pour le maintien ou le succès de quelque chose, en poussant le travail à l’extrême sans prendre la moindre initiative pour l’alléger en l’interprétant ». Il y a trois choses à noter ici. D’abord, l’ardeur et la vivacité, élevées, intenses : c’est une tendance ascendante ou ascentionnelle, soit aussi l’aspiration à la perfection. Ensuite, il est répondu à cette aspiration par une application à la lettre des règles et des lois. Or il est connu que si « l’esprit vivifie, la lettre tue », et prendre les choses à la lettre, c’est s’abîmer dans la répétition et l’aliénation, la caricature et l’absurdité (qui sont d’éminentes signatures infernales et sataniques). Toutes choses, de même que les lois, sont à prendre selon l’esprit — ce qui revient à « lire entre les lignes » et prendre le risque d’interpréter, en effet, la tâche à accomplir, afin de « l’alléger ». Car ce n’est, enfin, que par la prise de risque et la prise d’initiative que l’on se détache de la lettre et que l’on agit selon l’Esprit — et qu’alors les choses s’améliorent pour de bon. Elles ne sont pas mieux mais deviennent bien.

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La jalousie et le zèle du Démiurge équivalent donc à cette ardeur juvénile — l’excès de fougue et l’envie de faire mieux que bien — qui se transmute en passant de l’adolescence à l’âge adulte. De fait adultus, « qui a grandi », dérive du verbe adulesco, « croître », « grandir ». Thot-Hermès : « Levez-vous ! Ô hommes, réveillez-vous ! » Croissez et grandissez. Cessez d’obéir à la lettre : agissez selon l’esprit. C’est la clé livrée à la fin du film Légion. L’armée des anges (2009), après l’affrontement décisif entre les archanges Mickaël — qui aide une poignée d’humains à survivre et à franchir l’Apocalypse — et Gabriel — qui obéit à Dieu et veut en finir avec l’humanité : « La différence entre toi et moi, dit en substance Mickaël à Gabriel après l’avoir vaincu, c’est que tu fais ce que Dieu veut tandis que je fais ce dont Il a besoin. » Mickaël a pris le risque d’interpréter la mission pour l’accomplir en réalité. Or Dieu a-t-Il besoin d’une humanité rampante et asservie, ou d’une humanité debout, digne et responsable ? Ce passage d’une humanité infantile ou adolescente à une humanité adulte et sûre d’elle-même est aussi le passage — décrit par Abellio dans Vers un nouveau Prophétisme en 1947 — de l’ancienne à la nouvelle Alliance entre Dieu et l’humanité, alors que la peur a cessé chez les hommes et que la colère a cessé chez Dieu. Il nous a d’ailleurs été dit la même chose plus récemment, par voie « canalisée » : l’enjeu de la « Transition » actuelle, comme ils disent — les New Age, on se demande pourquoi, répugnent à parler d’Apocalypse — réside dans notre passage, en tant qu’espèce, à l’âge adulte.

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Cela permet aussi de comprendre pourquoi des penseurs emblématiques du XXe siècle comme Hannah Arendt ou Primo Levi ont échoué devant la question du mal, à partir de l’expérience de la Shoah. Cela se constate à travers la position qu’ils ont prise face au pardon. Arendt a approché la vérité dans son étude du cas Eichmann, parfait exemple d’individu zélé, appliquant les consignes à la lettre sans réfléchir, et commettant ainsi les pires horreurs en croyant bien faire. Et Arendt de nous dire que « le pardon est certainement l’une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions ». « Peut-être » ? Ô combien ! Fut-elle assez audacieuse elle-même, en son for intérieur, pour pardonner Eichmann ? Dieu seul le sait. Nulle audace, en revanche, chez Primo Levi, quand il conclut son fameux Si c’est un homme par ce cruel aveu d’incompétence : « Peut-être que ce qui s’est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure où comprendre, c’est presque justifier. » S’il renonce à comprendre le martyr que lui et les siens ont subi, il n’est pas près de pouvoir pardonner. Cela s’appelle une capitulation en rase campagne. (Levi se fourvoie même dans la plus épaisse contradiction en écrivant à propos de la Shoah que « Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire ». Et tu fais comment, Primo, pour connaître sans comprendre ?) C’est donc un constat d’échec : car si l’on a compris, on pardonne aussi. Cela va ensemble : comprendre, c’est aimer, ce qui implique à un moment ou à un autre de pardonner. Comprendre sans pardonner, c’est manquer d’amour — et manquer l’amour. Mieux l’on comprend et plus l’on aime — et vice-versa, mieux on aime et plus on comprend. C’est un cercle vertueux et c’est exponentiel. Il y a donc, dans la position de Primo Levi face au pardon, comme une carence d’amour qui le prive de la force et de l’ardeur — pour le coup ! — nécessaires pour pardonner. C’est resté pour lui un abîme infranchissable. Or il faut bien, à un moment ou à un autre, se jeter dans le vide. Et l’amour donne des ailes… Et c’est bien l’amour et la joie que chante Goethe en disant — dans un élan manifeste d’ardeur et d’audace maîtrisées — que « le pardon est la revanche ultime ». En n’arrivant pas à pardonner, Levi reste dans la revanche. Alors qu’après le pardon, la revanche est assouvie, abolie, transmutée : Rédemption de Satan, Résurrection de Jésus-Christ. C’est là l’Œuvre au Rouge — décisive étape et moment fort de la « montée gnostique ». Une merveille de science et de sapience, combattue jusqu’au bout, comme il se doit, par l’église catholique : l’écrivain et philosophe Giovanni Papini, en 1954, fut condamné par le Vatican, nous dit Serge Hutin, « à cause de son livre Le Diable, qui reprenait la doctrine origéniste du rachat final de l’ange déchu ». (Même chose un siècle avant, comme l’a rappelé Déodat Roché dans Le Catharisme en 1947 : un concile épiscopal fut mobilisé tout exprès, à Périgueux en 1857, pour interdire le livre de l’ingénieur polytechnicien et philosophe Jean Reynaud, Terre et Ciel, qui défendait « la doctrine de la réhabilitation des démons et des impies » : on mesure là encore la hauteur de l’enjeu.) Cela paraît d’autant plus stupide de la part de Rome que Yavhé (Ialdabaoth-Enlil-Seth-Satan), le Dieu de l’Ancien Testament, n’attend au fond que d’être pardonné et racheté pour que cessent enfin les horreurs et les aberrations auxquelles sa Chute a donné lieu. En refusant la vérité de la rédemption ultime de Satan, l’église romaine n’a fait que perpétuer un état de fait suranné, périmé, dépassé. C’est que l’involution finale n’était pas encore assez prononcée en 1954… L’est-elle enfin aujourd’hui ? A chacun-e de voir. 

L’accélération du temps et la fin du cycle — Est-ce la fin de notre temps ?

Le temps s’accélère-t-il ? Et si oui… jusqu’à quand ? L’accélération du temps est un sujet ambigu, méconnu et mal documenté. Il n’a pourtant rien de très compliqué, bien qu’il recouvre des implications assez impressionnantes, à la fois eschatologiques, microcosmiques et macrocosmiques.
Voie lactée

Paul Virilio, architecte, écrivain et philosophe, s’est distingué par ses recherches sur la notion de vitesse dans la modernité. Il a notamment réfléchi sur les « mutations de l’espace-temps et le dérèglement de notre rapport à la temporalité », comme l’a résumé Jean-Claude Guillebaud (dans Le Nouvel observateur du 10 août 2010). Virilio met l’accent, pour essayer d’en tirer les enseignements, sur la « conjonction de plus en plus forte, étendue à l’ensemble de l’espèce humaine, entre les deux séries de phénomènes : des transmissions d’informations, à la vitesse de la lumière, et des transports réels ». L’idée, c’est que l’immédiateté de la communication alimente le fantasme de l’immédiateté de nos déplacements physiques. L’annulation des distances par les médias et la circulation instantanée de l’information suscite le fol espoir d’un mode de transport tout aussi rapide… Le don d’ubiquité représente un attribut divin, en rapport avec l’omniscience et l’omnipotence. Ce fantasme est la conséquence ultime d’un monde globalisé soumis à un seul flux immédiat, donc atemporel, d’informations. On en vient à caresser le rêve fascinant d’échapper aux limites de l’espace et du temps. Or il se produit un phénomène qui tend effectivement à remettre en cause l’apparente immuabilité de l’écoulement du temps… Bien que l’on ne s’en rende pas compte (ou du moins, de manière confuse et inexplicable), c’est la vitesse des informations que nous recevons qui engendre l’accélération du temps. Il s’agit là d’un phénomène scientifique, que la biologie explique bien. Cela se joue sur deux plans : la quantité d’informations et la vitesse de leur transmission (entre l’émission et la réception). Dès lors que la valeur qui définit ces deux paramètres augmente, le temps s’accélère. Autrement dit, plus je reçois d’informations et plus je les reçois vite, plus ma vie s’accélère. Les deux termes de la proposition sont d’ailleurs corrélés, au point de s’entretenir mutuellement : si l’information va plus vite, j’en reçois davantage ; et si j’en reçois davantage, je dois les traiter plus vite, sous peine d’être submergé ou d’être largué — ce qui en soi n’a pas d’importance, mais qui peut poser un problème par exemple dans le monde du travail, où la capacité à traiter un nombre croissant de données à un rythme lui aussi croissant est un critère impératif d’efficacité et de compétitivité. (Ce qui, soit dit en passant, s’avère parfaitement névrotique et aliénant, mais là n’est pas le sujet.)

Le temps, c’est… de l’information

Donc, le temps passe vite à proportion que les informations circulent plus vite et en plus grand nombre. C’est, en outre, selon la biologiste Jacqueline Bousquet, ce qui explique le vieillissement physiologique : la quantité d’informations reçues et stockées par le corps finit par l’alourdir et le fatiguer. Le corps doit s’adapter à une masse d’infos sans cesse croissante, et sa capacité d’adaptation n’est pas indéfinie ; à la longue, il fatigue. C’est logique puisque à chaque info intégrée par le corps correspond une expérience vécue (nous allons y revenir).

Le monde des médias est à la fois le principal vecteur et la meilleure illustration de la modification de notre rapport espace-temps. « Il est hanté par une obligation de hâte ou de cadence à suivre, constate Guillebaud ; une injonction qui fait du chronomètre un défi permanent, un adversaire à combattre. Le temps médiatique […] prend la figure d’un déferlement. Le temps déferle littéralement sur nos têtes. » Dès lors qu’on essaye d’y faire face et de s’adapter à ce rythme frénétique, on s’insère dans un continuum espace-temps de plus en plus étroit, se réduisant à mesure même qu’on s’y enfonce profondément. Plus la quantité d’informations augmente, plus la vitesse de leur traitement augmente également, plus le temps s’accélère. L’accélération du temps est donc un phénomène objectif, parfaitement explicable en termes scientifiques. À condition de bien savoir de quoi on parle.

Le temps physique n’est qu’un temps chronologique, cumulatif et sédimentaire

En effet, selon l’acception classique, le temps s’inscrit dans l’espace : les deux sont inséparables. La mesure du temps n’est que la mesure d’une durée rapportée à une distance (en l’occurrence, la durée que met la lumière pour franchir une certaine étendue d’espace). Comme le notait René Guénon, « tandis qu’on peut mesurer l’espace directement, on ne peut au contraire mesurer le temps qu’en le ramenant pour ainsi dire à l’espace. Ce qu’on mesure réellement n’est jamais une durée, mais c’est l’espace parcouru pendant cette durée dans un certain mouvement dont on connaît la loi ; cette loi se présentant comme une relation entre le temps et l’espace, on peut, quand on connaît la grandeur de l’espace parcouru, en déduire celle du temps employé à le parcourir ; et, quelques artifices qu’on emploie, il n’y a en définitive aucun autre moyen que celui-là de déterminer les grandeurs temporelles. » (« Les déterminations qualitatives du temps », Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Gallimard, Paris 1945). C’est aussi de cette manière que nous évaluons notre rythme annuel, duquel découlent ensuite nos rythmes mensuel, hebdomadaire et quotidien : par la durée de révolution de la Terre autour du Soleil. C’est ce qu’on appelle le temps physique, puisqu’il est fonction d’une mesure spatiale, donc corporelle. C’est aussi le temps que les Grecs appelaient Chronos, temps quantitatif et impersonnel. C’est à ce temps-là que Paul Virilio se réfère, quand il dit par exemple que « Depuis la préhistoire, l’histoire s’est inscrite dans un temps localisé, lié à un lieu, dans un ‘‘hic et nunc’’ ou un ‘‘in situ’’ », et qu’aujourd’hui « nous entrons, grâce au feed-back interactif des réseaux de communication, dans un temps live qui est un temps global. » Évidemment, à partir de la réalité spatiale et physique d’un monde globalisé, uniformisé par un seul et unique flux d’informations circulant en temps réel, il est facile de décréter la fin du temps, puisque c’est en fait la fin de l’espace dont il s’agit. Et comme notre temps est indissociable de son critère spatial, le constat de Virilio selon lequel « Il y a une fin de la temporalité historique locale », non seulement va de soi, mais frise la tautologie.

Le temps est vécu, donc biologique

Il en va différemment si l’on envisage l’autre conception du temps : non pas Kronos, mais Kairos ; non plus physique, mais biologique. Non plus quantitatif, mais qualitatif. Non plus déterminé par l’espace, mais par la conscience — à travers l’expérience vécue. Le temps biologique est le temps vécu — et cette fois c’est lui qui détermine l’espace. Une expérience se vit d’abord intérieurement ; elle n’est localisée que si on le décide ou qu’on en a besoin. Quand on vit une expérience, on vit un moment, pas un lieu. Une belle expérience, c’est « un grand moment » (ou « un moment fort »), mais rarement « un grand endroit ». Pour les Grecs, c’était le temps Kairos, qualitatif et personnel. Or une expérience, un événement, un phénomène, c’est avant tout de l’information. En dernière analyse, un événement n’existe qui si l’on en est informé, ce qui permet d’en prendre conscience (l’événement naît et existe dans notre conscience). C’est le sens du célèbre koan zen : « Quel bruit fait un arbre qui tombe dans une forêt où il n’y a personne ? » Réponse : aucun. Parce que personne n’est là pour recevoir et traiter l’information selon laquelle un arbre tombe et produit un son. De même, on peut vivre une expérience très forte sans rien faire d’autre que recevoir une information. Si je suis fan de football et que j’apprends que mon équipe préférée a remporté un match important, je vivrai une expérience de joie et de fierté unique. Si j’apprends que ma compagne est hospitalisée après avoir été accidentée, j’aurai une brusque et brutale expérience d’angoisse et de chagrin. Ces deux expériences personnelles et intérieures sont deux événements qui ne se seraient jamais produits sans une information initiale. L’espace n’a plus rien à voir ici. Le temps, qui n’est qu’une succession d’événements, dépend donc de l’information. Et mieux cette information est intégrée, plus elle influence notre expérience du temps. Comme l’a noté Deepak Chopra (dans Un Corps sans âge, un Esprit immortel), « L’ancien paradigme nous dit que le temps est objectif, mais notre corps réagit en fait au temps subjectif, tel qu’il s’enregistre dans les souvenirs et les sentiments intérieurs. » Autrement dit, le temps s’accélère à mesure que nous emmagasinons de l’information dans notre mémoire. Mais alors, qu’est-ce qu’une information ? C’est ce qui fait qu’un événement, comme on l’a vu, ou une expérience, devient réalité. Plus exactement, une information recouvre un certain état de réalité : soit virtuel, soit réel ; soit potentiel, soit actuel. Une information est une possibilité non encore réalisée. C’est en ce sens que le temps est fonction de l’information. Mais l’information, pour autant, ne décide de rien. En tant que pure potentialité, elle est neutre. C’est l’usage, le traitement qui en est fait qui décide que tel phénomène, de possible, devient existant. Et ce traitement, c’est, proprement, l’action de notre conscience. C’est la réception et l’acceptation d’une information qui font surgir la possibilité dont elle est porteuse dans la réalité, et qui peuvent le cas échéant transformer le réel, voire changer une vie (« Vous avez gagné au loto » : si j’accepte cette info, ma vie bascule instantanément) ou plusieurs vies (« la France entre en récession » : tous ceux qui acceptent cette info et lui donnent foi contribuent à en faire une réalité). C’est dire le pouvoir de l’information et des médias… pouvoir d’influence, de suggestion et de conditionnement aussi vieux que la civilisation occidentale, et qui relève de l’esclavage mental et neurologique décrit ici.

« Science sans conscience »… 

C’est dire, surtout, le pouvoir de la conscience, et incidemment, l’ampleur de notre responsabilité dans l’état des choses telles qu’elles sont. Notre conscience agit comme une force vectorielle : c’est elle, selon l’attention et le crédit qu’elle accorde à une information (quelle qu’elle soit), qui permet sa concrétisation dans la réalité, à travers le surgissement de tel ou tel événement, et qui nous fait vivre telle ou telle expérience. Résumons. D’un côté, nous constatons l’augmentation exponentielle de la quantité d’informations en circulation dans le monde, ainsi que l’augmentation, logique sinon nécessaire, de la quantité d’informations que chacun est amené à recevoir et à gérer. Puisque toute expérience vécue est directement fonction d’une information, plus nous traitons d’informations, plus nous vivons d’expériences, plus notre vécu est intense, et plus le temps s’accélère. De l’autre côté, nous ne vivons que ce à quoi nous donnons de l’attention. La méthode Coué ou la somatisation, ça marche très bien, c’est vérifié depuis longtemps (voir La Science de l’Intention de Lynne McTaggart ou Le Corps quantique de Deepak Chopra). Notre vie dépend donc, non seulement des informations que nous traitons, mais aussi — voire surtout — de l’attention, du crédit, de l’importance que nous leur attribuons. L’attention, en effet, est force psychique, qui s’exprime à notre échelle sous forme d’énergie électromagnétique. Plus on accorde d’attention à une idée (ou à une personne), plus on la renforce, plus elle est puissante. Autrement dit, par exemple, en acceptant et en croyant les informations diffusées par les médias dominants, on renforce leur domination — et on entretient le système sur lequel elle repose. À l’inverse, si on leur retire notre attention, ils subissent une perte d’énergie et de vigueur directement proportionnelle. Cela permet en outre de voir que si l’on veut vivre joyeux et en bonne santé toute sa vie, il suffit de le décider : l’information sera immédiatement reçue et mise en œuvre par chacune des cellules du corps. Enfin, tout cela ne doit pas faire oublier que notre expérience de temps vécu est aussi influencée par les informations que nous recevons sans en être conscient. On le sait depuis longtemps : « De nombreuses études ont montré que l’esprit humain possède un remarquable talent pour absorber inconsciemment de l’information. » (Michael Talbot, L’Univers : Dieu ou Hasard ?, J’ai lu, Paris 1989.) Et cette information inconsciente contribue elle aussi, sans qu’on s’en aperçoive, à accélérer le rythme de notre temps vécu.

L’accélération du temps a-t-elle un sens ?

Cela dit, nous n’avons pas répondu à la question de savoir ce qu’est une information. Pour cela, nous allons faire un petit détour par la physique quantique. Nous allons aussi envisager certaines données traditionnelles (issues d’anciennes doctrines abusivement considérées comme mythologiques), qui prennent une nouvelle ampleur sous l’éclairage des derniers acquis de la science physique. En essayant de voir ce qu’est une information, et surtout comment elle fonctionne, nous verrons que l’accélération du temps que l’on constate actuellement ne se produit pas maintenant par hasard, et qu’elle répond à des conditions beaucoup plus vastes et profondes que la seule multiplication des moyens de communication à travers le monde. Les Mayas, par exemple, avec leur fameux calendrier, avaient compris et prévu le phénomène de l’accélération du temps, et savaient quelle signification lui accorder. Selon Carl Johan Calleman, docteur en biologie physique et spécialiste du calendrier maya, le temps que décrit ce calendrier suit un rythme en accélération constante. Les Mayas — qui raisonnaient en temps Kairos — concevaient un temps cyclique et spiralé (un vortex sphéroïde) ordonné selon des sauts évolutionnaires successifs, survenant à un rythme croissant et suivant une logique fractale (un petit cycle reprend le déroulement d’un grand cycle, sur une durée plus courte et rapide). Et chaque changement de cycle consiste en un bond évolutionnaire, un saut qualitatif améliorant le degré d’autonomie des espèces et leur niveau de conscience. Ces cycles (qui commencent avec le Big Bang) sont au nombre de neuf, et chacun d’eux reproduit un déroulement similaire (en treize périodes d’égale durée) mais sur une période vingt fois moindre d’un cycle à l’autre. Donc à l’intérieur de chaque nouveau cycle, les événements sont beaucoup plus nombreux et surviennent à une cadence beaucoup plus élevée. L’accélération du temps découle donc du rythme accru auquel se succèdent les événements (ainsi que, comme on l’a vu, de notre capacité accrue de réception et de traitement de l’information liée à ces événements). L’influence des cycles que décrit le calendrier maya sur l’activité humaine a du reste été bien mise en évidence par Calleman ; et la fin du calendrier maya, intervenue selon lui le 28 octobre 2011, ne semble rien avoir changé à ce processus d’accélération croissante.

Les derniers instants du Kali Yuga

Il se trouve aussi que l’idée d’une augmentation de la vitesse des événements — et donc du temps — est également présente dans la tradition hindoue. « La vérité, disait René Guénon à ce sujet, est que le temps n’est pas quelque chose qui se déroule uniformément, et, par suite, sa représentation géométrique par une ligne droite, telle que l’envisagent habituellement les mathématiciens modernes, n’en donne qu’une idée entièrement faussée par excès de simplification ». « La véritable représentation du temps, ajoutait-il, est celle qui nous est fournie par la conception traditionnelle des cycles, conception qui, bien entendu, est essentiellement celle d’un temps ’’qualifié’’ » et non uniquement quantifié (Kairos et non Chronos). Ainsi, « non seulement chaque phase d’un cycle temporel, quel qu’il soit d’ailleurs, a sa qualité propre qui influe sur la détermination des événements » — ainsi que Calleman l’a montré —, « mais […] la vitesse avec laquelle ces événements se déroulent est quelque chose qui dépend aussi de ces phases, et qui, par conséquent, est d’ordre plus qualitatif que réellement quantitatif. Ainsi, quand on parle de cette vitesse des événements dans le temps, par analogie avec la vitesse d’un corps se déplaçant dans l’espace, il faut effectuer une certaine transposition de cette notion de vitesse, qui alors ne se laisse plus réduire à une expression quantitative comme celle qu’on donne de la vitesse proprement dite en mécanique. » Autrement dit, « suivant les différentes phases du cycle, des séries d’événements comparables entre elles ne s’y accomplissent pas dans des durées quantitativement égales ; cela apparaît surtout nettement quand il s’agit des grands cycles, d’ordre à la fois cosmique et humain, et on en trouve un des exemples les plus remarquables dans la proportion décroissante des durées respectives des quatre Yugas dont l’ensemble forme le Manvantara [cycle de manifestation universelle]. » Ainsi, les quatre Âges (ou Yugas) de l’humanité se déroulent à une vitesse croissante : d’après Guénon, si l’on représente le Manvantara par un total de 10 unités, le premier Âge dure 4 unités, le deuxième en dure 3, le troisième 2 et le dernier ne dure qu’1 unité. (Il s’agit, dans la tradition occidentale, de l’Âge d’or, l’Âge d’argent, l’Âge de bronze et l’Âge de fer.) « C’est précisément pour cette raison que les événements se déroulent actuellement avec une vitesse dont les époques antérieures n’offrent pas d’exemple, vitesse qui va sans cesse en s’accélérant et qui continuera à s’accélérer ainsi jusqu’à la fin du cycle ; il y a là comme une ’’contraction’’ progressive de la durée, dont la limite correspond au ’’point d’arrêt’’ » du cycle. Point d’arrêt après lequel commence un nouveau cycle de manifestation. Un point d’arrêt dont personne ne connaît la date — ce qui n’avait pas empêché de nombreux observateurs d’affirmer qu’il s’agissait du 21 décembre 2012 (John Major Jenkins, Gregg Braden, ainsi que plusieurs channels — mais pas un seul descendant des Mayas). Cela est au fond sans importance puisqu’une date n’est qu’un point de repère — et en l’occurrence, le point final auquel doit nécessairement aboutir l’accélération du temps ne sera pas un instant i décisif et valable pour l’humanité entière en même temps mais à un moment différent pour chaque individu. À chacun le sien, en somme : disons que chacun fera, le cas échéant, l’expérience de ce point final, à sa façon, et d’une manière progressive et nuancée aussi bien que d’une manière abrupte et fulgurante. Ce qui revient à dire que la « fin du temps » elle-même obéit à une logique fractale (holographique), ce qui est parfaitement logique et cohérent. (Il en va de même, notons-le au passage, pour ce qui concerne les fameux trois jours d’obscurité censés ponctuer la fin du cycle et précéder le commencement du suivant.)

Les Mayas avaient raison !

Quoi qu’il en soit, les Mayas (et les Grecs, et les Hindous) avaient prévu l’actuelle accélération du temps, puisqu’elle n’est qu’une conséquence logique de l’évolution de la vie telle qu’ils l’ont comprise et restituée à travers leur calendrier. Pour les Mayas, l’évolution suit un rythme qui accélère par paliers successifs. Ces paliers se situent au commencement de chacun des neuf cycles, nommés « Inframondes » (Underworlds) par Calleman, et chaque nouveau cycle voit les événements se produire et se succéder, et les informations se transmettre et s’échanger, à un rythme vingt fois supérieur que dans le précédent. « Chaque Inframonde, explique Calleman, se développe selon un rythme qui lui est propre […]. Les changements de Kairos ont lieu plus fréquemment […] et le temps semble s’écouler plus vite. » Voyons un peu plus précisément comment le calendrier maya décrit l’évolution de la vie. Selon Calleman, le calendrier maya indique que « Les différents niveaux d’organisation de la vie sont synchronisés pour favoriser l’évolution biologique. » Ces différents niveaux sont sept : l’atome, la cellule, l’être humain, la planète, le système stellaire, la galaxie et l’Univers. À toutes ces échelles, l’évolution procède par sauts, de manière synchrone. Des effets de seuil, des brisures de symétrie. Des sauts évolutionnaires qui sont, en tant que tels, des sauts quantiques. Et qu’est-ce qu’un saut quantique ? Au sens strict, c’est la réception, par un électron, d’un photon, qui modifie son orbite autour du noyau atomique et modifie donc la forme de l’atome : c’est le sens le plus rigoureux de l’information. Or un photon, comme tous les quanta, est avant tout une information : un bit, c’est-à-dire une quantité d’information élémentaire. Un saut quantique est donc la même chose qu’un saut informatique, c’est-à-dire un saut informationnel, constitué par un échange de bits informatiques, donc de fragments d’information. C’est ainsi que notre conscience reçoit et envoie de l’information, au sein même de nos atomes, qui sont en contact permanent avec le substrat quantique de l’Univers (les atomes, hormis le noyau et les électrons, sont vides de matière mais emplis de quanta virtuels, c’est-à-dire d’info et d’énergie virtuelles). Cela aurait même été le cas pour le Big Bang — à tel point que certains chercheurs, comme le physicien et informaticien Doug Matzke, ont proposé de remplacer le concept de Big Bang par celui de « Bit Bang ». « Il s’agirait, explique l’astrophysicien Massimo Teodorani 1, de ce Bang informatique parallèle au Bang thermodynamique de l’Univers en expansion violente, déterminé par l’effondrement d’une fonction d’onde — appelons-la ’’fonction d’onde divine’’ — contenant un nombre infini de mondes en superposition, jusqu’à ce qu’un mystérieux observateur fasse un choix bien précis » qui entraîne l’effondrement de la fonction d’onde universelle primordiale, et provoque ainsi l’irruption d’un Univers, notre Univers, plutôt que d’un autre… (Cette hypothèse rejoint la théorie des supercordes, selon laquelle notre Univers n’en serait qu’un parmi une indéfinité d’autres, chacun concourant à l’expansion indéfinie d’un fabuleux consortium réunissant tous ces Univers, qu’on appelle « Multivers » — formule proposée par Hugh Everett dans les années 1960.) Alors qu’est-ce qu’une fonction d’onde, et à quoi cela sert-il ?

L’intrication quantique, au cœur de la vie

Dans le monde quantique, le temps et l’espace obéissent au principe d’intrication postulé par Erwin Schrödinger en 1926, mis en question par Einstein, Podolsky et Rosen en 1935 (le fameux « paradoxe EPR »), démontré mathématiquement par John Bell en 1967 et démontré expérimentalement par Alain Aspect en 1982 (puis par Nicolas Gisin, à plus grande échelle, en 1997). « Qu’est-ce à dire ? Que dans certaines situations très particulières deux photons qui ont interagi dans le passé ont des propriétés que leur distance mutuelle, aussi grande soit-elle, ne suffit pas à séparer. Ils constituent un tout inséparable même lorsqu’ils sont très éloignés l’un de l’autre : ce qui arrive à l’un des deux, où qu’il soit dans l’Univers, est irrémédiablement intriqué avec ce qui arrive à l’autre photon dans un autre lieu de l’univers, comme si un lien quantique, immatériel et instantané, les tenait ensemble. 2 » Les physiciens appellent cela le « principe de non-localité » : les quanta (entités subatomiques, ondes et particules à la fois) ne sont localisables ni dans le temps ni dans l’espace, et ils sont virtuellement présents à chaque instant et en tout lieu. Et notre conscience fonctionne à partir de quanta… L’intrication signifie donc, entre autres, que le temps et l’espace n’existent pas à proprement parler : ils ne sont que des virtualités, répondant — de même que toutes les variables qui définissent un état physique — à ce qu’on appelle une superposition d’états quantiques. À chacun de ces états, qui sont, à l’état virtuel, en multitude indéfinie dans le monde quantique, peut correspondre une certaine réalité — n’importe quel événement — dans notre rapport espace-temps. Cette multiplicité d’états virtuels est régie par une fonction d’onde. C’est de l’écroulement de cette fonction d’onde que résultera l’émergence d’un certain rapport espace-temps (on parle de « réduction du paquet d’ondes ») : quand la fonction d’onde s’écroule, un état parmi d’innombrables autres se voit actualisé, matérialisé dans notre monde. C’est ainsi qu’adviennent tous les phénomènes qui composent notre réalité : par autant d’écroulements de fonctions d’onde, survenant à une vitesse inimaginable. Et qu’est-ce qui provoque l’effondrement de la fonction d’onde ? Un acte de conscience. À tout instant, en permanence, notre conscience fait s’effondrer les fonctions d’onde assurant la cohérence du monde quantique, provoquant la manifestation d’un phénomène dans notre monde classique, inscrit dans notre rapport spatiotemporel. (Les physiciens parlent du coup de « décohérence ».) À tout instant, chaque être humain génère sa réalité — qui est aussi la réalité — en faisant s’effondrer d’innombrables fonctions d’onde par le seul fait d’être conscient. Un état quantique (un tas de quanta…) est donc, en dernière instance, un bouillonnement d’informations virtuelles recouvrant une indéfinité d’états potentiels. Ces états ne peuvent se manifester — passer de l’état potentiel à l’état actuel — que sous l’action de notre conscience : celle-ci entraîne, instantanément, la cristallisation (et donc le surgissement physique et spatiotemporel) d’un certain nombre d’informations sous la forme d’un événement quelconque. Ce qui revient à dire que notre conscience crée le temps et l’espace, et tout ce qui s’y trouve, et tout ce qui s’y produit.

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Cela conduit à se demander en quoi consiste ce monde quantique, ce niveau d’existence où une multiplicité d’états est incluse simultanément de manière latente, potentielle, virtuelle… En fait, le monde quantique est le monde de l’information à l’état pur. Information en amont de l’espace et du temps, qui n’est pas encore devenue énergie, ni encore moins matière. C’est le domaine de la métaphysique : au-delà de la physis, de la Nature. C’est le fameux « champ du point zéro », celui du « vide quantique » — qui, s’il est bien vide d’énergie et de matière, est plein de tous les possibles : d’informations virtuelles. C’est le « champ unitaire ultime » duquel émerge toute chose. C’est aussi l’ « ordre implicite » du physicien David Bohm, ordre primordial duquel procède l’ordre explicite, notre monde. C’est pour ça que C. J. Calleman peut expliquer le calendrier maya — l’évolution de la vie procède par sauts quantiques et informationnels qui apparaissent (aux plans physique, biologique et psychique) comme des sauts évolutionnaires — en expliquant du même coup l’accélération du temps : parce que l’évolution se définit par une augmentation des facultés cognitives des espèces. À chaque changement d’Inframonde, il se produit un saut évolutionnaire, qui impacte en temps réel toutes les formes de vie, quelles qu’elles soient et où qu’elles soient, sur Terre et dans l’Univers. Chaque saut évolutionnaire produit des effets nouveaux et différents — mais toujours dans le sens de la complexification et de la diversification de la vie, et de l’amélioration de l’autonomie et du niveau de conscience des êtres vivants. Ainsi Calleman montre-t-il par exemple que « les datations modernes sont conformes à l’idée que chaque nouvel Inframonde dans le calendrier maya donne naissance à une autonomie accrue des organismes biologiques par rapport à leur environnement. Cela corrobore l’idée selon laquelle une conscience de soi accrue et un niveau d’intelligence de plus en plus élevé sont développés par chaque Inframonde 3 ». L’évolution, en améliorant notre intelligence et notre niveau de conscience au fil des âges, permet l’accélération de l’information et des événements (les deux étant corrélés). L’évolution elle-même est donc une accélération. Et elle a un sens : l’amélioration de notre conscience. Plus nous évoluons, plus et mieux nous sommes conscients. Voilà bien l’enjeu de la « transition » à l’œuvre de nos jours, autour de cette année charnière qu’a été 2012 : un développement qualitatif sans précédent de la conscience humaine — que l’on peut ainsi considérer comme un véritable saut quantique de la conscience.

Qu’est-ce que la conscience ?

Nous avons vu que le temps s’accélère parce que nous recevons davantage d’informations, et parce que celles-ci constituent à proprement parler notre expérience de vie, soit notre temps vécu. Or le passage entre une info extérieure et une expérience intérieure est accompli par notre conscience. Le seul et unique responsable de tout ça, c’est elle. Comment fonctionne-t-elle ? « La conscience, propose Massimo Teodorani, est un processus à la frontière du monde quantique et du monde classique. » (Excellent résumé qui recoupe Nietzsche disant que « la conscience est une surface ».) La conscience est l’intermédiaire qui manifeste les potentialités quantiques dans notre monde physique classique. Ce processus s’articule en deux étapes. La première étape est purement quantique et mobilise des informations virtuelles, qui sont par définition impossibles à mesurer ou à déterminer ; la seconde étape en revanche se traduit, de manière sensible et perceptible (et donc mesurable), par toute une série de phénomènes biologiques, électriques, magnétiques et chimiques qui font partie du fonctionnement normal de notre physiologie, et qui sont la traduction physique et corporelle du fonctionnement de notre psyché (émotions et sentiments) et de notre mental (raison et pensée). (Rappelons, à la suite de Guénon s’appuyant sur la tradition hindoue, que l’âme a pour supports corporels le réseau sanguin et le réseau nerveux.) Premièrement : une superposition d’états quantiques se forme dans notre cerveau, à l’intérieur des neurones. Plus précisément, la superposition se déroule au travers des microtubules, minuscule structure tubulaire constituée de protéines appelées « tubulines ». « Les microtubules, explique Teodorani, sont l’élément constitutif du cytosquelette, que l’on pourrait définir comme l’ossature des cellules » : ils représentent le réseau nerveux et circulatoire des cellules. Dotés de leur intelligence propre, ils agissent, nous dit Teodorani, comme les « principaux médiateurs de la conscience » : « Dans les neurones, ils s’assemblent pour permettre et réguler les connexions synaptiques, lesquelles sont responsables des fonctions cognitives. » (Un synapse — une connexion synaptique — est proprement une émergence d’info et de conscience, sous la forme d’un signal électrochimique de nature électromagnétique.) Les tubulines, quant à elles, véhiculent un certain nombre de bits quantiques (les étincelles synaptiques). « Les tubulines peuvent rester un certain laps de temps en état de superposition quantique, tandis que simultanément les microtubules présents dans le cerveau se trouvent entre eux en parfait état d’intrication. » C’est l’effondrement de la fonction d’onde régissant cet état de superposition qui entraîne le jaillissement d’un instant de conscience, quarante fois par seconde en moyenne. Entre chacun de ces flashes de conscience, tous les quarantièmes de seconde, nous sommes dans un état de pré-conscience, en amont de la conscience effective, en interaction directe avec le « champ du point zéro ». C’est là que notre « moi supérieur », partie supraconsciente de l’âme, si l’on veut (le « supramental » chez Aurobindo), puise les informations à partir desquelles notre conscience construit notre réalité. Et deuxièmement, l’effondrement de la fonction d’onde qui régit cette superposition (effondrement qui se produit en moyenne tous les quarantièmes de seconde). Cette phase constitue proprement l’activité consciente : une fois que la fonction d’ondes s’est effondrée, une certaine quantité d’informations se fait jour dans la conscience, et c’est ainsi que la réalité — une certaine réalité (parmi une indéfinité d’autres réalités possibles) — émerge à travers notre conscience et devient ce qu’elle est pour nous. Mais alors, si la conscience elle-même n’est que le produit de l’effondrement de la fonction d’onde, qu’est-ce qui cause cet effondrement ? Ce qui revient à se demander ce qui crée la conscience… Et là, ça devient ubuesque, puisqu’on a dit que la conscience était source et cause de toute réalité.

Peut-on augmenter notre flux de conscience ?

En fait, la conscience n’est pas la maîtresse de notre monde. Ou du moins, elle n’est pas entièrement souveraine. Elle-même obéit à une loi transcendante — et une loi classiquement physique, pour le coup : la gravité 4. En gros, à partir du moment où, au sein de la superposition quantique dans les neurones, la masse d’informations atteint un seuil critique (au-delà des capacités des neurones), la fonction d’onde s’effondre d’elle-même, sous l’effet de sa propre gravité. « Lors de l’augmentation de la taille d’un système donné de superpositions quantiques comme dans le cas de l’immense océan de microtubules dans le cerveau, on finit par atteindre un point — une valeur de seuil — où un ’’facteur objectif’’ représenté par la gravité quantique de Planck déterminera l’effondrement de toute cette superposition. » Cette réaction spontanée — l’intervention de ce « facteur objectif » — a pour but de préserver la cohérence du cerveau lui-même, dans la mesure où une superposition d’états trop nombreux finirait par déchirer la conscience entre plusieurs espaces-temps — ce qui ferait basculer la conscience dans la folie. (Sursaturation et pétage de plomb.) Cela évite ainsi à notre Univers « de se scinder en de multiples univers différents afin qu’il reste compact, comme une seule entité ». L’entité de chaque conscience individuelle. Selon le physicien et mathématicien Roger Penrose, il s’agirait là, résume Teodorani, de « la seule façon de permettre l’existence de la conscience, au moyen justement d’un événement objectif de gravité quantique qui se déclenche dès qu’est dépassée une valeur de seuil de la masse des microtubules à l’étape de la superposition quantique ». C’est aussi la seule façon — pour l’instant — d’expliquer scientifiquement l’accélération du temps. Stuart Hameroff, l’anesthésiologiste qui a modélisé le fonctionnement de la conscience à partir de l’intrication quantique dans les microtubules, a constaté que dans certains états de conscience non ordinaires, la fonction d’onde régissant la superposition d’états dans les neurones pouvait s’effondrer non plus quarante fois par seconde, mais quatre-vingt fois, voire cent fois par seconde. Autrement dit, dans certains cas (celui de moines chevronnés en méditation, ou d’athlètes en performance), nous pouvons avoir jusqu’à cent flashes de conscience par seconde. « Quand cela se produit, note Hameroff, le monde extérieur peut nous sembler tourner au ralenti, en comparaison. » Et de fait, ce n’est pas le monde extérieur qui ralentit, puisque les individus qui le composent restent presque tous à une moyenne de quarante moments conscients par seconde. En revanche, celui qui a soixante ou quatre-vingt moments conscients par seconde reçoit tellement plus d’informations que son propre temps vécu, lui, accélère. Avec un tel rythme de flashes conscients, on a une perception beaucoup plus élevée, fine et rapide du monde extérieur : celui-ci semble donc ralentir à mesure qu’on le perçoit plus vivement et plus intensément. Autrement dit, plus notre conscience est rapide, plus le monde extérieur semble lent, plus notre expérience du temps s’accélère.

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Cela nous permet de compléter notre première tentative d’appréhender l’accélération du temps. D’un côté, l’ensemble de la population mondiale reçoit une quantité d’informations sans cesse croissante, ce qui accélère son rythme de temps vécu ; d’un autre côté, nous savons maintenant que ce rythme, en fait, dépend surtout du nombre de flashes de conscience que nous avons chaque seconde. Mais dans les deux cas, la sensation d’accélération du temps dépend de l’information : que ce soit à quarante ou à cent moments conscients par seconde, c’est la quantité d’information que nous intégrons à chaque instant qui module notre expérience de temps vécu.

Le champ de Planck : premier degré de l’Existence universelle ?

C’est là que nous retrouvons le champ du point zéro. Car la « gravité quantique » qui provoque nos flashes de conscience quarante fois par seconde ne peut se produire qu’à ce niveau : le niveau défini par le temps de Planck (soit 10-43 seconde) et la longueur de Planck (10-33 centimètre). C’est ainsi que l’on délimite le champ du point zéro (ou champ de Planck), là où nos bits quantiques se superposent dans les microtubules de nos neurones avant de se manifester en bits classiques. Que désignent ces valeurs infinitésimales ? L’état de l’Univers directement après le Big Bang — c’est du moins la limite conceptuelle atteinte par les physiciens. Impossible d’aller au-delà. À ce « moment »-là, si l’on peut dire, le temps de Planck était la durée de vie de l’Univers et la longueur de Planck, son étendue. Or ce « champ de Planck » n’est ni un espace, ni un temps. Son étendue et sa durée ne sont pas finies : on ignore où se situe leur limite. Or ce qui définit le temps et l’espace, c’est précisément leur caractère fini et limité (dont découle leur mesurabilité). Cette durée sans temps, disait Platon, c’est « cette durée qui reste dans l’unité », alors que « la durée avançant selon le Nombre » est « cela même que nous appelons le temps » (Timée). Le caractère infinitésimal du champ de Planck correspond, en sens inverse, à la grandeur incommensurable de l’Univers actuel, qui est, comme on le sait, en expansion croissante et tout aussi indéfinie. L’étendue et la durée de l’Univers, qu’on les prenne au niveau du champ de Planck originel ou au niveau de leur expansion actuelle, ne sont pas mesurables, pas nombrables et donc indéfinissables en termes d’espace et de temps : que ce soit dans l’ordre de la petitesse ou de la grandeur, en termes d’étendue et de durée, l’Univers est indéfini et incommensurable. Certains considèrent d’ailleurs volontiers que ce champ du point zéro, qui échappe à toute tentative d’appréhension rationnelle, constitue le divin en tant que tel. Massimo Teodorani, à la suite de Roger Penrose, y voit le monde des Idées platoniciennes, soit les « principes métaphysiques » chers à Guénon. Et d’ailleurs, si l’on considère le champ de Planck d’après les données rapportées par Guénon, on voit qu’il est similaire au « domaine informel » ou « spirituel » de la manifestation universelle. Ce monde informel (spirituel) est l’origine et le producteur du monde formel — lequel contient le monde subtil (psychique ou animique) et le monde corporel (physique), qui sont les deux autres degrés fondamentaux de l’Existence universelle. Dans ce domaine informel, toutes les formes (psychiques et corporelles) sont à l’état potentiel et indifférencié, non encore existantes, dans une homogénéité parfaite. Ce qui rappelle fortement les propriétés du champ de Planck. C’est là que se trouve l’information à l’état pur, dans une superposition absolue d’états quantiques virtuels (qui sont en multitude indéfinie) régie par une seule et unique fonction d’onde (que Teodorani appelle « divine »), recouvrant tous les mondes possibles et imaginables — ou pas encore imaginés —, toutes les formes de vie psychiques ou corporelles dans l’Univers… C’est vis-à-vis de cette source ultime et absolue que notre conscience sert de transducteur, d’interface, puisant une masse invraisemblable d’informations, qui bouillonnent dans nos neurones en attendant le point de rupture, la « valeur de seuil » au-delà de laquelle nos neurones seraient court-circuités par l’excès de données : survient alors un effondrement de fonction d’onde auto-provoqué, induit par l’afflux même d’informations (les « q-bits », bits quantiques), qui permet au cerveau d’éviter de disjoncter, et qui du même coup produit un moment de conscience (à base, cette fois, de bits classiques). C’est cet état de conscience qui, ensuite, « enclenche automatiquement tous ces processus électrochimiques de nature classique qui actionnent nos neurones » (Teodorani), lesquels projettent finalement dans notre cerveau l’hologramme à trois dimensions que nous appelons « réalité ».

Après la fin du temps, l’ « éternel présent » et « l’intemporalité »

Point de rupture, seuil critique… Cela invite maintenant à se demander si cet instant créateur de conscience — l’effondrement de la fonction d’onde dans nos neurones, tous les quarantièmes de seconde — ne pourrait pas être transposé à l’échelle macrocosmique. On a vu aussi que selon René Guénon, l’accélération croissante à la fin du cycle devait nécessairement aboutir à un « point d’arrêt », une valeur limite. Au-delà de cette limite, l’humanité repart pour un nouveau cycle — ou plutôt, une nouvelle humanité commence alors son cycle (ce qui n’est pas la même chose). Cela nous ramène à la question de savoir ce qu’il peut se passer après le point d’arrêt de l’accélération du temps. Certains pensent qu’il s’agira tout simplement, non pas de la fin des temps (qui est une absurdité logique), mais de la fin du temps. En l’occurrence, la fin du temps Chronos, mécanique, artificiel, rigide et figé. Ne resterait que le temps Kairos, organique, naturel, souple et mouvant. Nous sortirions du temps physique, spatial, pour entrer de plain-pied dans le temps biologique, conscient et vécu. Ce serait l’avènement de l’« éternel présent » : « le pouvoir du moment présent », bien décrit par Eckhart Tolle, dans le droit fil des enseignements de Krishnamurti. Le passé et l’avenir cesseraient simplement d’exister à notre conscience. En nous libérant du tiraillement incessant, stérile et aliénant entre la mémoire — qui, seule, fait vivre le passé — et la projection — qui, seule, fait exister le futur —, nous serions pleinement conscients du présent, immergés dans l’instant présent. Dans cet état, on n’a plus besoin ni envie de faire revivre le passé en se remémorant des souvenirs, ni de faire surgir le futur en projetant des situations hypothétiques. Délivré de la tension épuisante entre l’avant et l’après, il ne resterait que le pendant — l’instant présent, là où tout se passe. On est là, entièrement disponible pour le présent, sans réaction, toujours prêt à l’action. On n’est plus dans la réaction par rapport à une mémoire ou une anticipation, mais dans l’action, en phase, en sympathie, en parfaite syntonie (ces trois termes au fond sont synonymes) avec le présent. C’est le même état que Krishnamurti a décrit tout au long de sa vie, en parlant de « cette dimension en laquelle il n’y a pas de conflits et pas de temps » ; c’est aussi le sens de son célèbre et superbe dialogue avec David Bohm, justement intitulé Le Temps aboli (publié par Le Rocher en 1989). Cela rejoint, enfin, ce que Gregg Braden appelait, dès 1994, « l’éveil au point zéro ».

Un flash de conscience galactique : Sagittarius A* en action

Il est en effet possible d’interpréter la période de transition actuelle — celle de la fin de la précession des équinoxes (un cycle de 25 920 ans, soit deux Grandes Années platoniciennes de 12 960 ans) — dans les mêmes termes que ceux qui permettent de décrire le fonctionnement de la conscience. (À noter que sur la base d’une moyenne de 18 respirations par minute, un être humain adulte respire… 25 920 fois par jour.) Dans cette période, qui correspond à la fois à la fin d’un Âge et au début d’un autre, la Terre et l’humanité sont alignées sur un phénomène galactique dont nous connaissons mal les tenants et les aboutissants. Pour essayer d’y voir plus clair, il est nécessaire d’admettre « l’hypothèse Gaïa » (James Lovelock) que notre galaxie, la Voie lactée, est elle aussi un être vivant, qui a donc une conscience (de même que la Terre et le Soleil, toute planète et toute étoile). Si nous, les humains, sommes connectés au « point zéro » par notre conscience (à travers nos atomes et nos cellules), on peut dès lors se demander par quoi la Voie lactée se connecte au point zéro pour en extraire les ressources de sa conscience. Or, si l’on suit Calleman — en parfaite cohérence avec les données de la Tradition —, c’est par le centre de l’être que la conscience reçoit ses informations quantiques : par le noyau dans l’atome, le centriole dans la cellule, le chakra du cœur chez les humains, le cristal central dans la Terre, le Soleil dans le système solaire et… le trou noir central dans la Voie lactée. On sait en effet que le centre de notre galaxie est occupé par Sagittarius A*, un trou noir supermassif (identifié en 2002). Et qu’est-ce qu’un trou noir ? Ni plus ni moins qu’un formidable phénomène métabolique d’acquisition et de restitution d’informations. Un colossal mouvement d’aspir et d’expir cosmique, de condensation et de dissipation, de contraction et de dilatation (systole et diastole) à l’échelle galactique. Un métabolisme qui s’apparente donc à un phénomène de conscience, comme on l’a vu dans les microtubules de nos neurones (intégration d’informations, superposition d’états, effondrement de la fonction d’onde et manifestation d’informations à travers un jaillissement de conscience), mais à la dimension d’un corps deux ou trois millions de fois plus massif que le Soleil (Sagittarius A* pèserait jusqu’à 2 x 1036 kg).

Ainsi, on sait qu’une étoile supermassive s’effondre lorsqu’elle atteint un seuil critique : la masse d’informations (sous forme de gaz et d’énergie) qu’elle contient se cristallise alors en un trou noir, qui va ensuite expulser cette formidable quantité d’informations, sous la forme d’un phénoménal jet de gaz et d’énergie (qu’on appelle « fontaine blanche », pour ne pas dire éjaculation cosmique), lequel, enfin, va entraîner la création de corps physiques (des étoiles et des systèmes stellaires entiers) loin dans l’Univers. Comme le dit l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet (Les Trous noirs, Le Seuil, Paris 2002), la formation d’un trou noir au centre de la galaxie « marque sans doute le terme inévitable de l’effondrement gravitationnel de tous les astres massifs ». Or c’est de cette manière qu’est produite la conscience : par l’effondrement gravitationnel d’un état de superposition quantique dans les neurones. Une étoile massive serait donc l’aboutissement d’un très long processus d’accumulation d’information (sous forme de gaz et d’énergie). Ensuite, une fois que la masse critique serait atteinte — comme dans les microtubules des neurones —, la fonction d’onde assurant sa cohérence s’effondrerait : l’étoile se solidifierait alors en un trou noir. Celui-ci, note J.-P. Luminet, « fournit un environnement idéal, pour convertir de l’énergie potentielle gravitationnelle en rayonnement, par le biais de l’accrétion de matière » : c’est l’information véhiculée par ce rayonnement qui donne naissance à d’autres mondes et à d’autres formes de vie dans l’Univers. Ainsi le trou noir, en s’accroissant par l’absorption de la matière environnante, finit par libérer un formidable flot d’informations sous la forme de ces fabuleux jets cosmiques de gaz et d’énergie qui vont ensemencer, à des millions d’années-lumière, de nouvelles formes de vie (comme des systèmes stellaires entiers, avec leurs planètes et leurs habitants), de la même manière que l’effondrement de la fonction d’onde neuronale entraîne le jaillissement de la réalité physique à l’échelle individuelle. « Ce que vous concevez donc comme un incommensurable gouffre aspirateur d’énergie ou un obscur mangeur de galaxies est, en réalité, un inimaginable portail de Lumière amoureuse 1 »…  Sagittarius A* s’avère le prodigue dispensateur de la force fécondatrice de vie dans notre galaxie… Une force de conscience productrice d’existence. Le trou noir fonctionne donc de la même manière que les neurones. Ceux-ci, une fois que l’information quantique a été libérée par l’effondrement de la fonction d’onde régissant la superposition d’états dans les microtubules, produisent la réalité dans laquelle nous évoluons tous les jours. Les trous noirs font de même, cristallisant et restituant l’information des étoiles pour créer de nouvelles formes de réalité dans tout l’Univers. Et comme l’échelle spatiotemporelle est tout autre que la nôtre, on peut imaginer que le flash de conscience produit par Sagittarius A* durera nécessairement plus longtemps qu’un quarantième de seconde… Cela dit, on ignore quand le trou noir a commencé à émettre son flux informationnel (et quand il prendra fin). L’important ici est la Terre et nous, les humains, nous trouvions dans ce flux, dans la fontaine blanche émanée de Sagittarius. (Aspect du déluge de feu céleste correspondant à notre Apocalypse.)

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De fait, et toujours au point de vue astronomique, à quoi correspondent les années de transition autour de 2012 ? À l’alignement de la Terre avec le trou noir central de la Voie lactée. Certains channels en ont fait état (comme Barbara Marciniak). Depuis quelques années, la Terre se trouve dans le « flux de conscience » créé par le rayonnement du trou noir central : un flot d’informations inédites, projetées dans une immense expiration par ce cœur cosmique qu’est le trou noir de notre galaxie. Informations issues des milliers d’étoiles englouties par Sagittarius, ou issues directement du point zéro — ou les deux à la fois ? Et que nous disent ces informations ? Pour le savoir, il faut les recevoir, et pour les recevoir il faut leur faire de la place au sein de notre propre champ de conscience. Leur ouvrir une disponibilité au sein de notre mental et notre psyché ! À tout le moins peut-on déduire que ces informations sont porteuses de potentialités nouvelles pour l’humanité. Nous sommes entre la fin d’un Âge et le début d’un autre, et ce changement de cycle concerne la Voie lactée toute entière (puisque nous achevons en ce moment la précession des équinoxes, qui voit la Terre parcourir l’ensemble du Zodiaque) ; or cette période est caractérisée, entre autres, par le flash de conscience cosmique produit par le trou noir central. Si la Terre se trouve exactement placée dans le champ de ce flash d’intelligence divine alors que nous achevons un cycle de 25 920 ans, ce n’est pas pour rien : l’Univers met ainsi à notre disposition les informations inédites nécessaires à l’entrée de l’humanité dans un nouvel Âge (ou l’avènement d’un nouveau stade d’humanité). L’humanité a l’occasion d’accomplir le plus grand bond évolutionnel de l’histoire de l’Univers, et d’élever plus haut que jamais son niveau de conscience. Ce serait donc là l’un des principaux aspects, au niveau astrophysique, du saut de conscience qualitatif que de nombreux auteurs attribuent à la période de transition actuelle. Le trou noir, cœur de la Voie lactée, génère un moment exceptionnel de conscience galactique, destiné à renouveler — purifier et élever — notre propre conscience individuelle (et donc notre conscience collective) pour changer de mentalité, entrer dans une maturité inédite, et ainsi changer de cycle. (Saut évolutionnaire.) Les perspectives ouvertes par ce phénomène grandiose, du fin fond de nos atomes au cœur de la galaxie, sont faramineuses : c’est rien moins qu’une nouvelle humanité qui est appelée à émerger. Une humanité qui aura dépassé les limites propres au mental pour développer une conscience non plus dualiste et séparative, mais holiste et intégrative. Plus qu’une nouvelle ère, c’est donc bien d’une nouvelle humanité qu’il s’agit. Une humanité intégrale, où le Yin et le Yang sont équilibrés, où nos deux hémisphères cérébraux sont en phase et où chaque individu a pleinement conscience d’être uni à l’ensemble de l’Univers (« l’interdépendance universelle » chez Abellio). C’est la réalisation de cet état, chez un certain nombre d’individus — l’effet de seuil dans l’expérience du centième singe, à laquelle réfère aussi la mention des 144 000 « élus » de l’Apocalypse —, qui est l’enjeu de la transition actuelle. (Voir ici une efficace présentation de ce phénomène.)

Nettoyer l’ancien pour accueillir le nouveau

Pour vivre cet événement, il faut d’abord préparer le terrain… Pour être bien reçu et intégré, le flot d’informations en provenance du vide quantique — via le centre de l’être aux sept degrés identifiés par Calleman : le trou noir, le Soleil, la Terre, nos chakras (les « sept Sceaux » de l’Apocalypse de Jean), nos cellules et nos atomes — nécessite en effet notre pleine et entière disponibilité. Un état réceptif qui est l’état méditatif par excellence. Comme l’expliquait Jacqueline Bousquet dans l’une de ses conférences, « l’état de disponibilité est un état religieux au sens propre » : c’est « l’esprit religieux » au sens étymologique de la reliance avec ce qui nous dépasse, c’est-à-dire un mental ayant assagi et assujeti l’ego et désormais vierge de tout conflit, état longuement décrit par un Krishnamurti et enseigné par toutes les traditions. Il s’agit, disait encore Jacqueline Bousquet, d’ « être disponible pour s’ouvrir à ces nouvelles informations, qui ne demandent qu’à être reçues pour nous sauver » (« Dieu te veut », nous hurle la Tradition) — nous sauver en termes évolutionnaires, et non en termes sotériologiques (le salut moral au sens religieux ordinaire) : permettre l’élévation de notre niveau de conscience. Cela requiert l’épuration préalable de notre âme et notre esprit, c’est-à-dire qu’il faut d’abord les libérer des croyances et des émotions qui les alourdissent et les limitent. Autrement dit, faire le vide — c’est-à-dire méditer : cultiver l’attention, l’intensité de présence, l’observation de soi, la réceptivité, etc.

Cela tombe bien : le contexte s’y prête idéalement — ce qui fait partie de l’Apocalypse au sens le plus physique possible.

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Depuis cinq ou six décennies, en effet, la magnétosphère terrestre se réduit. (Selon Gregg Braden, dans les années 1990, « Les mesures actuelles du champ magnétique sont environ 38 % plus faibles que celles effectuées sur des échantillons d’il y a 1 500 ans, les mesures actuelles étant sous la barre des 8 x 1025 gauss. ») Les mesures des cent trente dernières années montrent que le champ a baissé de 8,5 x 1025 à 8 x 1025. Ce phénomène n’est pas inconnu, bien qu’il ne soit pas fréquent : il précède l’inversion des polarités magnétiques de la Terre — inversion qui, selon Braden, s’est déjà produite quatorze fois lors des 4,4 derniers millions d’années — entamée depuis plusieurs années déjà. Le champ magnétique terrestre est en quelque sorte un champ morphique que l’on retrouve — là encore, suivant une logique fractale — chez toutes les formes de vie, jusques et y compris nos cellules. Le champ magnétique de toutes nos cellules est donc lui aussi en train de descendre à un très bas niveau. Or ce champ magnétique cellulaire, c’est le champ qui contient notre mémoire individuelle ; le champ magnétique de chaque cellule est un hologramme de notre mémoire entière, et l’on sait depuis les travaux de Fritz-Albert Popp que la conscience humaine, loin d’être localisée dans le cerveau, est distribuée de manière fractale dans toutes les cellules du corps. C’est là que sont cristallisées nos mémoires (en l’occurrence les mémoires traumatiques, comme nouées et enkystées), et à partir du moment où le champ magnétique (terrestre et cellulaire) baisse, elles sont relâchées. Elles émergent alors à la surface de la conscience. (Les ombres remontent à la surface, les cadavres sortent du placard : une manière d’œuvre au Noir alchimique.) Là, à condition d’être accueillies et acceptées, elles sont libérées, retournant dans le champ du point zéro, garnir les annales akashiques. La chute du magnétisme représente donc l’occasion de se défaire des charges karmiques, ces conditionnements (émotionnels et mentaux) qui pèsent dans notre subconscient et obstruent l’accès de notre conscience au centre originel de l’être. D’où l’idée à la fois new age et traditionnelle, parfaitement valable et opérative, de nettoyage karmique et de « libération ». De là aussi, encore une fois, l’idée d’élévation de conscience, voire d’Éveil. Calleman, pour sa part, attribuait ce phénomène de nettoyage cellulaire et de lâcher-prise émotionnel à l’accélération du temps Kronos et l’intensification du temps Kairos dans le neuvième et dernier Inframonde déterminé par le Tzolkin (du 8 mars au 28 octobre 2011). « Du fait de la fréquence élevée de la 9e onde qui semble conçue pour que nous lâchions prise, il sera très difficile pour [ceux qui refusent de lâcher prise] de se raccrocher à quelque chose. Néanmoins, il semble que ce qui est maintenant en mouvement est un processus conduisant à la naissance d’un nouveau monde dans l’amour et l’unité où aucune âme n’en contrôlera une autre. » (Et comme on le sait, ce « nouveau monde d’amour et d’unité » n’apparaîtra pas du jour au lendemain, ni surtout sans choc ni violence, remise en cause et descente aux Enfers, mort à soi-même et renaissance dans le feu et le sang — pas plus après le 21 décembre 2012 qu’après n’importe quelle autre date : c’est à chacun-e de contribuer à son émergence, par sa libre décision, par le travail sur soi et la recherche intérieure, la rectification et l’alignement, la rectitude et la fidélité à soi-même, la mise en cohérence entre pensées, paroles et actes, etc. Si tu veux changer le monde, disait Gandhi, change-toi toi-même.) Le schéma énergétique reste le même : plus le magnétisme baisse, plus la conscience peut s’épurer et s’alléger (se libérer des mémoires refoulées), plus nous sommes disponibles pour l’instant présent, avec les expériences inconnues et les informations inédites qui s’offrent à nous. Brûler l’ancien et renaître de ses cendres. (Horus, le Christ : le Phénix.) « Des sceaux magnétiques très denses, expliquait Braden, obstruent les patterns émotifs et mentaux d’une génération à l’autre dans le domaine morphogénétique. Lorsque les champs magnétiques diminuent, ces sceaux semblent relâcher leur emprise, permettant un accès plus facile à des états supérieurs » de conscience. « L’absence de champ magnétique fournit alors l’occasion d’un accès direct à l’individu là où il est pure information. C’est dans cet environnement, sans le filet de sûreté du magnétisme, que la pensée devient très puissante » : elle est plus rapidement créatrice et se concrétise plus rapidement dans les faits. « Un environnement aussi pur est un cadeau » (cadeau apocalyptique, eschatologique et divin) : il est ajusté au mieux pour nous aider à dépasser nos conditionnements, transmuter notre ombre en lumière.

Une symphonie cosmique et alchimique, orchestrée par le trou noir central de la Voie lactée, retransmise — en direct ! — par les quanta qui se bousculent et se consument dans le tréfonds de nos neurones et dans les atomes de nos 50 000 milliards de cellules. C’est comme si l’accès de notre conscience à la Source était obstrué par des nœuds magnétiques, constitués de mémoires traumatiques cristallisées ; dès lors que ces nœuds sont dénoués, les mémoires s’évacuent, et l’accès de notre conscience au vide quantique se dégage. À partir de là, enfin, les potentialités sans fin du champ de Planck peuvent être sollicitées et actualisées, en toute connaissance de cause — en notre âme et conscience —, avec une simplicité et une rapidité sans commune mesure avec ce que nous avons pu connaître jusqu’à aujourd’hui. (C’est la « surabondance de la Grâce » dont parlait Abellio à propos de notre actuel « cataclysme diluvien », le déluge de feu solaire en cours.) En tout état de cause, cette grandiose perspective a-t-elle été inscrite dans notre littérature prophétique ; et quand on voit comment un Calleman a pu corroborer les données prophétiques et cosmogoniques des Mayas du point de vue de la biologie et de la physique modernes, on se dit que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Vivement la fin du temps ? C’est comme le fromage : c’est où l’on veut, quand on veut — ici et maintenant. 

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1 Dans Entanglement. L’intrication quantique, des particules à la conscience, Macro Éditions, Milan 2011.

2 Étienne Klein, Petit voyage dans le monde des quanta, Flammarion, Paris 2004.

3 Cosmologie maya et théorie quantique, Alphée, Paris 2010.

4 Encore que les physiciens s’obstinent à faire semblant de n’y rien comprendre, faisant d’elle l’une des pires énigmes bidon de la science moderne. La gravité résulte en fait d’un effet de cavitation produit par le caractère giratoire des atomes et des quanta : en gros, ça tourne, et en tournant, ça produit une respiration, soit un phénomène dual d’attraction (aspiration)-répulsion (expiration), la gravité n’étant dès lors que l’aspect d’attraction de ce phénomène. (Double spirale, double vortex : en mode centripète, ça attire vers le centre et l’intérieur, et en mode centrifuge, ça éloigne vers l’extérieur et la périphérie.) Un enfant de 4 ans s’en rend déjà compte par lui-même, sans avoir besoin des tombereaux d’études invraisemblablement compliquées que s’infligent les physiciens, comme pour mieux se voiler la face et noyer le poisson. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? 

5 Les Trous noirs, Éditions du Seuil, Paris 2002.

6 Daniel Meurois-Givaudan, Comment dieu devint Dieu, Le Passe-Monde, Québec 2008.

Chronos le dévoreur et Kairos le créateur — Quel temps est-il ?

Dans la Grèce antique, il n’y avait pas un mais deux temps. Le monde moderne ne connaît que le temps Chronos : mesurable, linéaire, successif et répétitif, en un mot, quantitatif, avec pour critère, la durée. Or les Grecs vivaient aussi selon le temps Kairos : temps incommensurable, sphérique, holistique et unique, en un mot, qualitatif, et avec lintensité pour critère. Une distinction qui recèle des implications immenses, aux points de vue épistémologique et ontologique, voire métaphysique et initiatique.

En bas du Bézu 2

Hésiode disait que le Kairos est « tout ce quil y a de mieux » et Euripide qu’il « est le meilleur des guides dans toutes entreprises humaines ». Gilbert Romeyer-Dherbey, commentateur de Pindare, a pu souligner le caractère transcendant et l’origine supra-humaine (divine) de Kairos 1. « Le kairos, écrit-il, est un don, et le don est un kairos ; lintervention du dieu dans le sort des mortels en modifie la temporalité, et lon comprend dès lors que lun des sens de kairos ait désigné le moment fugace où tout se décide, où la durée prend un cours favorable à nos voeux. […] Lirruption soudaine du kairos, cest-à-dire dun temps visité par le dieu, se marque en général chez Pindare, par lapparition de la lumière. […] Lorsque lorage a bien enténébré la terre, soudain le vent faiblit, la pluie sarrête, la nue sentrouvre — et cest lembellie, une clairière de lumière soudain, dans un lieu de désolation. Lhomme a senti le passage du dieu, et tel est le kairos. » L’idée antique et traditionnelle selon laquelle « le kairos est une seconde déternité » peut également se comprendre, nous allons le voir, du point de vue de la science et de la philosophie modernes, dans ce qu’elles ont pu produire de meilleur : la physique quantique d’une part, la phénoménologie de Raymond Abellio d’autre part.

Chronos et Kairos : deux paradigmes existentiels et ontologiques

La distinction entre Chronos et Kairos a été mise à profit, dernièrement, par le biologiste suédois Carl Johan Calleman, dans Cosmologie maya et théorie quantique (Alphée, Paris 2010), ouvrage qui mobilise les acquis de la physique quantique pour décrire le fonctionnement et l’évolution de l’Univers, du Big Bang à nos jours, selon la conception des Mayas (telle du moins qu’il l’a comprise et interprétée). 

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« Pour comprendre le temps, constate ainsi Calleman, nous pourrions dabord considérer le fait que les anciens Grecs reconnaissaient deux aspects du temps, Chronos et Kairos : Chronos signifiait le temps mesurable quantitatif et Kairos était le ’’bon moment’’  qualitativement parlant. Chronos pouvait être mesuré en faisant des comparaisons avec des appareils mécaniques et des cycles astronomiques, alors que Kairos était uniquement perçu en certaines occasions cruciales comme une opportunité ou une crise, comme si un processus évolutionnaire essayait de se manifester de force à ce moment précis dans le temps. Celui-ci était alors considéré comme le ’’bon’’ moment. Kairos exprime ainsi ce qui est ’’dans l’air’’ et sur le point d’arriver, et si on ne comprend pas sa relation à l’évolution, il est souvent vécu comme un aspect magique, ou du moins subjectif du temps. Kairos, ou ’’temps évolutionnaire’’, est cependant l’aspect du temps qui nous octroie la véritable expérience du temps comme quelque chose qui est plus qu’une série de moments discrets et sans rapport. » Calleman évoque ici, sans s’y attarder, le caractère aléatoire, et partant absurde, du temps Chronos : simple succession de durées relatives et circonstancielles (à commencer par la rotation des planètes autour du Soleil, qui n’a rien d’un phénomène perpétuel ou immuable), il ne répond à aucune autre raison que de segmenter notre propre durée de vie humaine, dans un but d’encadrement social et d’organisation économique — c’est-à-dire, en termes plus appropriés, de contrôle social et d’exploitation économique des individus. Norbert Elias, l’un des rares sociologues (sinon le seul) à s’être penché sur la question du temps, avait déjà souligné le caractère purement social et conventionnel du temps Chronos, et partant, sa dimension aliénante et sclérosante. Le temps Chronos est tendanciellement artificiel, en décalage voire en opposition avec les rythmes naturels — à commencer par nos propres rythmes biologiques (le rythme circadien) : il a donc un aspect potentiellement malsain voire franchement délétère, au sens propre, physiologique et sanitaire de ce mot. (Ce simple fait est assez éloquent : notre actuel calendrier, dit grégorien, a été imposé par le pape en 1582, faisant reculer le début de l’année de l’équinoxe de printemps au premier janvier, stupidité qui ne sert qu’à nous couper des rythmes annuels et saisonniers naturels. Encore une fois, se demander à qui profite le crime. La stupidité catholique a été, comme d’habitude, prolongée et accentuée par la stupidité administrative française, avec cette aberrante « heure d’hiver » qui nous met en décalage de… deux heures avec l’heure solaire réelle ! ’’On’’ aurait voulu gâcher la vie des gens dans leur fonctionnement et leur métabolisme les plus profonds, ’’on’’ ne s’y serait pas pris autrement…) 

Kairos, une action objective et transcendante

« Mais puisque le monde moderne ne reconnaît que laspect mesurable du temps, reprend Calleman, chaque fois que nous prenons part à des coïncidences remarquables, nous avons tendance à les considérer comme mystérieuses. » Et encore : à quel point peut-on aussi avoir tendance à ignorer ces coïncidences, les considérant comme d’innocentes et insignifiantes absurdités ? Alors qu’ « en fait, de telles coïncidences remarquables s’avèrent être les moments déterminants de la vie, qui servent à lui donner sa future direction ». Les événements coïncidents et synchroniques n’ont l’apparence du hasard que pour mieux défier nos repères et bousculer nos habitudes — ébranler sur ses bases notre rationalité ordinaire — et jeter, comme une torche dans une cave obscure, une clarté aussi soudaine qu’inattendue sur la situation.

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Ce sont là, typiquement, les synchronicités étudiées par Carl Gustav Jung : des expériences qui transcendent l’aspect linéaire et successif du temps au profit de sa tendance sphérique ou holiste et intégrative. L’expérience de Kairos, en effet, a ceci d’essentiel qu’elle donne du sens : elle implique l’individu dans un état de plénitude et du même coup explique le sens, objectivement, de l’expérience subjectivement vécue par l’individu. Kairos exprime ainsi, nous dit Calleman, « le ’’timing’’ du cosmos, et il est clair que chaque fois que nous en faisons partie, nous avons des raisons dadmettre que nous faisons partie dun dessein supérieur ». Calleman adhère en effet à la théorie du « dessein intelligent » (Intelligent Design), approche téléogique selon laquelle l’Univers répond à un but, une intention, et qu’il se manifeste, fonctionne et s’organise, avec une invraisemblable intelligence, en fonction de cet objectif 1. « Même si Kairos a toujours été perçu comme un facteur subjectif, ou même magique, relève justement Calleman (à la suite de Jung), on peut aussi voir cet aspect du temps comme une expression du rythme évolutionnaire global de l’Univers à tout moment donné. Le ’’moment juste’’ serait alors celui où telle opportunité s’impose, même si cela peut être vécu très subjectivement », alors qu’en fait, « la raison pour laquelle de telles opportunités évolutionnaires se présentent en premier lieu est qu’un facteur objectif », et donc transcendant, « les pousse à se manifester au ’’bon moment’’ », c’est-à-dire au moment où cette manifestation exprimera le plus de sens et d’intelligence, de pertinence et de cohérence à celle ou celui qui en aura été l’objet. Ce « bon moment », chez Calleman — qui n’est pas biologiste pour rien — a pour critère la puissance évolutive, la qualité évolutionnaire : c’est un saut qualitatif ayant le sens d’une évolution supérieure en termes de conscience et d’autonomie individuelles, une amélioration qualitative des capacités cognitives et de la complexité des organismes. 

« On peut prendre comme exemple de ce ’’timing cosmique’’ d’opportunités évolutionnaires, poursuit Calleman, un phénomène assez fréquent, à savoir les découvertes indépendantes et simultanées » dans les sciences et les techniques, « comme celle du calcul par Leibniz et Newton ou du téléphone par Bell et Gray. Si nous ne voulons pas considérer de telles synchronicités comme de simples curiosités, nous devons conclure quil existe un facteur qui sert à synchroniser les événements dans l’Univers et qui a un réel pouvoir sur nos vies. » Un facteur objectif et transcendant, qui donne du sens en exerçant une influence aussi bien verticale que radicale sur notre existence ­— et par-dessus le marché, de manière purement intérieure, sans aucun phénomène extérieur à observer, mesurer ni reproduire pour essayer d’y comprendre quelque chose : il n’en faut pas tant pour faire voler en éclats le dogme empiriste et matérialiste dans lequel la science moderne n’en finit plus de s’enfoncer 1

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Raison de plus pour prêter attention à Kairos. Du moins pour Calleman est-il nécessaire d’intégrer cette dimension qualitative du temps si l’on veut améliorer notre compréhension du monde. Le Tzolkin des Mayas, comme il le montre bien, est un calendrier éminemment ’’kairologique’’, si l’on peut dire, et « cest parce quils retraçaient lévolution de cet ’’autre’’ aspect du temps que je crois quil faut inclure le système calendérique maya dans toute tentative de développer une nouvelle et plus juste théorie de l’évolution de lUnivers ». Ne pouvant pas insister ici sur le calendrier maya — en dépit des impressionnantes implications qu’il recèle 1 —, il s’agira plutôt d’envisager à quel point la prise en compte de Kairos peut effectivement permettre d’élaborer une meilleure « théorie de lévolution de lunivers », ainsi qu’une meilleure théorie de la connaissance de manière générale — à commencer par la seule qui vaille vraiment, la connaissance de soi. 

« Point dinflexion » évolutionnaire et « saut quantique » de la conscience : Kairos peut-il avoir valeur initiatique ?

« Le kairos, nous dit Wikipédia, est le temps de l’occasion opportune. Il qualifie un moment ; en mathématiques, on pourrait dire un point d’inflexion, comme en physique, un moment de rupture dans un sens ou dans un autre ». C’est là une idée cruciale, déjà évoquée par Calleman — le temps Kairos est discontinu tandis que Chronos est continu — et qui renvoie évidemment à la granularité de l’espace-temps : le milieu spatio-temporel n’est lisse et continu qu’en apparence, il est en fait granulaire et discontinu. La raison en est simple. Le temps Chronos, qui sert à mesurer des durées, consiste essentiellement (René Guénon l’avait rappelé) en événements : et par « événement », on pourra entendre tout ce qui sert de borne — point de départ et point d’arrivée, début et fin — à une durée quelconque. Le temps, ainsi envisagé, n’est pas autre chose qu’une succession d’événements — de quelque nature, ampleur et intensité qu’ils soient — entre lesquels existent des durées que nous pouvons mesurer. Or un événement, quel qu’il soit, va autant, voire surtout, s’appréhender en termes qualitatifs (quelle est la qualité, le contenu, l’enseignement, le sens de cet événement) plutôt qu’en termes quantitatifs (quelle est sa durée). La notion d’événement suffit d’ailleurs, à elle seule, à faire comprendre l’importance de l’aspect Kairos du temps ; si les événements qui emplissent la vie et l’Univers n’étaient que de simples repères temporels, nous serions dans l’absurdité la plus épaisse (à quoi ça sert ?…). Or leur aspect qualitatif va bien évidemment primer sur leur aspect chronologique : c’est leur sens qui importe, c’est leur contenu symbolique, psychique (mental, moral, émotionnel, mémoriel) et aussi socioculturel, qui leur confère toute leur valeur — qu’il appartient à chacun de réaliser, de comprendre et d’assumer, selon sa volonté, ses moyens et sa disponibilité. Il est à noter au passage la quasi homophonie — qui n’a évidemment rien de fortuit — entre « événement » et « avènement », suggérant le caractère proprement ’’épiphanique’’ de tout événement considéré du point de vue ’’kairologique’’ : une épiphanie en effet, au sens étymologique, est la « manifestation d’une réalité cachée ». Là réside bien le principe de Kairos, qui est de dévoiler un sens ou une direction au travers d’événements dont l’apparence aléatoire ou absurde ne peut jamais être qu’illusoire 1.)

Le « quantum de temps » : l’instant absolu ?

Raymond Abellio a pu tirer de substantiels développements de cette discontinuité temporelle fondamentale. Dans La Structure absolue 6, il introduit la notion de « quantum de temps », et lui attribue un rôle décisif dans notre façon d’expérimenter et de comprendre le temps. A cette échelle, qui est celle de Planck (les ultimes et plus infimes mesures atteintes par le calcul), l’aspect quantitatif du temps perd sa raison d’être : une durée de 10-34 seconde, ça ne veut effectivement rien dire, ça n’a aucun sens et ça ne sert à rien. Mais à suivre Abellio — et comme disent les physiciens —, tout se passe comme si ce quantum de temps n’était pas autre chose que l’ « instant éternel », cet « éternel présent » dont parlent la Tradition et les doctrines initiatiques, ou pour le dire autrement, l’infinitésimale étincelle de temps qui, au nom du principe holographique et fractal qui régit l’Univers, contient la totalité des événements possibles et potentiels qui auraient pu, pourraient ou pourront advenir dans l’Univers (de même que ceux qui sont advenus, adviennent et adviendront), dans un état de simultanéité que la science moderne a commencé à approcher (Erwin Schrödinger et à sa suite, John Bell, Alain Aspect, Nicolas Gisin) mais dont elle ignore les implications (à l’exception notable d’un Nassim Haramein ou d’un Philippe Guillemant).

De la mélodie à l’harmonie, de la quantité à la qualité, de l’entropie à la néguentropie

Abellio, dans La Structure absolue, en a donné l’illustration et de probants aperçus. Il évoque le temps au travers du rythme, dans sa relation dynamique avec la mélodie (équivalent entropique de la potentialité amorphe et désordonnée) et l’harmonie (équivalent néguentropique de l’actualité manifeste et ordonnée). Le rythme est ainsi conçu comme l’ « agent opérateur de la transmutation » d’un temps plat, mécanique et aliénant (consistant à ordonner le substrat mélodique) en un temps plein, organique et épanouissant (abolissant la durée par le caractère intégratif de sa qualité harmonique). Comment opère cette fonction rythmique d’intermédiation dynamique entre la mélodie (entropique) et l’harmonie (néguentropique) ? 

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Par rapport à la mélodie, explique Abellio, « le rythme procède par fondation (du verbe fonder), il additionne » (en mode chronologique) ; et par rapport à l’harmonie, « il procède par fusion (du verbe fondre), il totalise » (en mode kairologique). Abellio ajoute que « la mélodie nest rien sans le temps » et que « le temps nest rien sans l’harmonie. Le temps fonde la mélodie, lharmonie fond le temps, elle se passe du temps, elle larrête, mais cest parce quelle le remplit. Le comble du temps est la fin du temps. » C’est là jolie manière de décrire le passage de Chronos à Kairos — et de fait, il y a bien des rapports entre « ce passage dun temps vide à un temps rempli » et les modes chronologique et kairologique du temps. 

« La mélodie est la victoire du temps sur l’espace anorganique, l’harmonie est la victoire de l’espace organique sur le temps, mais ce n’est évidemment plus le même temps, précise Abellio. Le premier est forme vide, sédimentation non cimentée d’intervalles tous égaux et interchangeables, et on l’appelle à bon droit temps spatial ou géométrique. Le second est plénitude de contenu, paroxysme résolu dans un seul instant insécable, et on l’appelle durée vécue, concentration et suspension de la durée, accomplissement de la vie ». Si bien qu’en fait, peut résumer Abellio, « le problème de la constitution du temps » n’est autre que « celui de l’élucidation de l’essence du rythme en tant qu’opérateur de la transmutation du temps spatial en temps vécu ». Ce qui appelle deux remarques : d’abord, cette transmutation correspond au « saut qualitatif » (évolutionnaire et intérieur) que peut constituer le passage de Chronos à Kairos, du « mode additif et quantitatif » au « mode intégratif ou qualitatif » (ce qui désigne aussi la transcendance de l’harmonie, kairologique, par rapport au rythme, chronologique). Ensuite, élucider « l’essence du rythme » implique aussi de noter son étymologie : le grec rhein, « flux ». Le temps est donc un tout indivis dont il s’agit, pour nous, de réaliser l’unité — l’harmonie. Et dans cet unique flux nous évoluons, d’événements en avènements, selon des rythmes indéfiniment variés, jusqu’à cette harmonie totale et parfaite (l’ « interdépendance universelle » chère à Abellio, soit la conscience de l’unité) dont tout être est appelé tôt ou tard à prendre conscience.

« La transfiguration du monde dans lhomme »

Ce saut de Chronos à Kairos, de la quantité linéaire à la qualité sphérique et de la durée à l’intensité, « transforme donc un mouvement continu en mouvement discontinu, une potentialité en actualité, une ampleur en intensité ». Mais ce n’est pas tout : Abellio va jusqu’à attribuer une qualité initiatique à ce point de rupture, cette infime étincelle de temps Kairos à l’interaction de deux réalités — ou plutôt de deux modalités de conscience et d’être. Il prend l’exemple d’une chute le long d’une pente enneigée : tant que l’accélération du corps dans sa chute est croissante ou constante, la conscience est comme « saisie par le temps », happée, enserrée dans un défilement chronologique étourdissant et uniformisant : « la vitesse est devenue telle que […] je suis projeté dans l’uniformité »… Mais puisque « la vie ne supporte pas l’uniformité », survient alors ce point nodal, crucial et décisif — « baptismal » — qui est l’instance d’une prise de conscience d’intensité sans précédent, par laquelle « le temps est saisi par la conscience ». « Et ma conscience qui émerge dans ce changement se forme en effet instantanément son idée de la situation ou, comme on dit, en un ’’clin d’oeil’’, le temps d’ouvrir les paupières, et elle entreprend immédiatement de ralentir et d’arrêter ma course ». Ce « point d’inflexion » peut à la fois s’apparenter à un saut quantique (libération d’énergie et d’information correspondant au changement d’orbitale de l’électron) et à un saut évolutionnaire (amélioration de la qualité d’être de l’individu en termes d’intelligence, d’autonomie et de complexité). En ce point s’actualise l’ensemble des potentialités accumulées dans le passé : et cette actualisation — qui équivaut, à un autre point de vue, au passage, chez David Bohm, de l’ « ordre implicite » à l’ « ordre explicite » — constitue « le seuil de l’initiation proprement dite », l’entrée aurorale dans une nouvelle modalité de conscience et d’existence, d’intensité, d’ampleur et de qualité définitivement supérieures. Quant au point directement et immédiatement consécutif, celui où survient « son idée de la situation » et sa décision d’interrompre la dégringolade le long de la pente, « il marque la pleine constitution de la conscience nouvelle, qui est transcendantale » — tout en marquant à la fois « la ’’perte’’ de la conscience ancienne ». L’individu est alors changé, et même si rien n’a changé dans le monde, pour lui le monde ne sera plus jamais comme avant.

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Ainsi qu’Abellio l’a encore noté dans La Fin de l’ésotérisme 1, « le problème clé de l’ésotérisme en même temps que sa fin est la transfiguration du monde dans l’homme ». « Alors naît au-delà du Moi banal prétendument distinct et autonome le sentiment puissant de la globalité et de l’unité, qui est participation de ce Moi lui-même à l’interdépendance universelle », de manière cette fois aussi consciente qu’il est possible. (Chez différents auteurs, la conscience de cette interdépendance universelle  — qu’on appelle souvent la « conscience de l’unité » — est ce qui caractérise et spécifie la spiritualité en propre. Se rappeler aussi que yoga, par exemple, veut dire « union ».) « La participation consciente et permanente à l’interdépendance universelle, conclut Abellio, est l’achèvement en l’homme du mystère de l’incarnation. C’est par cette dernière expérience, qui est initiatique, que l’homme est introduit à un tout nouveau mode d’existence. » Élever notre niveau qualitatif d’existence — monter en conscience et en vibration, dans l’ampleur et l’intensité, l’amour et l’intelligence : tel est l’enjeu de notre fin de cycle. 

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1 Dans La Parole archaïque (PUF, 1999).

2 Inutile de préciser que la cosmologie maya de même que toutes les cosmologies traditionnelles vont évidemment dans ce sens, que seule la cosmologie moderne sera restée incapable d’envisager.

3 Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le rapport entre d’une part, l’incroyable stupidité méthodologique de la science moderne, niant et ignorant tout ce qui échappe à la mesure et à la reproductibilité — c’est-à-dire l’essentiel — et d’autre part, l’oubli et l’ignorance du temps Kairos à l’époque moderne : car ces deux phénomènes alimentent une même tendance, qui est la soumission et l’aliénation de l’individu aux phénomènes extérieurs, et son oubli des phénomènes intérieurs, alors que — tout le monde peut en faire l’expérience et le vérifier — les premiers proviennent et dérivent rigoureusement des seconds.

4 Implications que Carl Johan Calleman a largement commencé à défricher dans l’excellent Calendrier maya. La transformation de la conscience, Testez !/Marco Pietteur, Embourg 2011.

5 A cet égard s’applique la même démarche que celle appliquée à la notion de hasard par les frères Bogdanov dans leur excellent essai sur La Fin du hasard (Grasset, 2014) : nous n’attribuons au hasard que ce que nous manquons de recul pour comprendre. Du reste, l’étymologie du mot ­— l’arabe al zahr, désignant les dés à jouer, voire (selon Averroès) le jeu et la chance en général — est elle-même éminemment kairologique.

6 « Essai de phénoménologie génétique », Gallimard, Paris 1984 (première édition : 1965). 

7 Presses du Châtelet, Paris 2014 (première édition : Flammarion, 1973).